Le CSD n’est pas seulement une gay pride comme une autre: tous les Berlinois, les familles, les jeunes, les moins jeunes, gays, bi, trans’, intersexes, hétéros, drag-kings ou divas, corps d’Apollon ou ventres sponsorisés par Berliner Kind, tout le monde s’y retrouve et fait la fête tout simplement. Quand on se retrouve au milieu de tout ce beau monde, en cuir et en satin, tout brillant de paillettes, on se sent comme faisant partie intégrante d’un monde. On se sent berlinois, plus qu’autre chose, et ça, c’est merveilleux. Les gens attendent les chars comme on attend une procession, dans l’euphorie, tendant les mains pour obtenir les grâces des petits veinards qui dansent et s’aiment sur les camions peinturlurés.

Les chars, justement. Souvent, il s’agit soit de gros semi-remorques tout droit sortis d’une version glitter de Tranformers, mais bien souvent, on trouve des omnibus de la ville, ultra-colorés et crachant du Kylie à en faire péter les sonotones. Il y a trois sortes de chars: les publicitaires (relativement nombreux, mais au moins maintenant, j’ai une collection impressionnante de gadgets inutiles, comme un chapeau de cowboy jaune de la BVG, l’équivalent de la RATP à Berlin), mais il s’agit aussi, officiellement, de montrer que les entreprises allemandes deviennent de plus en plus gay-friendly. Les chars associatifs restent les plus nombreux, souvent les mieux décorés et les plus applaudis. Troisième catégorie: les chars des partis politiques. Toutes les personnes que j’ai interrogées (merci mon badge et mes vagues notions d’allemand) sont toutes d’accord sur ce point: le CSD est une fête, soit, mais c’est avant tout un acte profondément politique. CDU, FDP (partis de droite qui suscitèrent des réactions diverses et variées sur leur passage), SPD (un des premiers chars) et Verts, ils sont tous au rendez-vous!

Veronica et Karoline

Selon Veronica et Karoline, deux joyeuses lesbiennes croisées sur mon chemin et qui en étaient à leur 21e CSD, tout ça a bien changé, et pour le meilleur. De 300 personnes il y a vingt ans, on est passé à plus de 200000 aujourd’hui (dans une dépêche, l’AFP estime la participation à 500000 personnes cette année, ndlr). Et que ce soit Stefanie, Volker, Susie, Sandra ou Stefan, ils avaient tous un seul mot à la bouche: l’engagement. Être ici, c’est avant tout montrer qu’on existe et se sentir libres. S’amuser, rencontrer des personnes que l’on ne côtoie pas forcément (il y un monde entre la scène BDSM extrême et les petits minets du Schwuz) et se rendre compte qu’on se bat tous pour les mêmes raisons, c’est ça qui fait que le CSD est à la fois une immense fête « de famille » et un acte politique profondément assumé. Et c’est aussi l’occasion rêvée de renouveler sa collection de capotes. Je dois en avoir plus de 30 maintenant. Toutes avec un message publicitaire ou politique. La publicité et les belles promesses de certains partis, ça fait aussi beaucoup de mécontents dans la population LGBT berlinoise, c’est pourquoi il existe une alternative: Le Transgenialer CSD de Kreuzberg (le quartier de Berlin où je vis), qui se veut un CSD sans matraquage publicitaire, réellement queer et actif politiquement, coloré et totalement libre. Ne vous inquiétez pas, j’y vais la semaine prochaine…

Et pour finir, ce qui est magique au CSD de Berlin, c’est qu’on peut y parler français, anglais, allemand, italien, serbe, bulgare, japonais… Et on se voit comparer Berlin aux autres gay prides. Et qu’on vienne d’Espagne, d’Italie, de France ou d’ailleurs, que l’on soit à une gay pride pour la première fois comme Leticia, qui vient tout juste de quitter sa Majorque natale pour s’installer à Berlin, où comme Chiara, de Sardaigne, lesbienne amoureuse et militante, on est tous d’accord sur un point: Berlin, c’est notre petit bout de Paradis pluvieux, un lieu où l’on se sent libre de vivre réellement. Le CSD en est la démonstration: on y va pour soi, pour les autres, pour Berlin qui est à nous aussi.