CatElle parle de foot comme on parle de bonne musique ou d’une belle cuisine, avec gourmandise. Attention aux apparences, le ravissement est connaisseur. Cat, l’une des membres les plus actives de la communauté Yagg, est une mélomane du football, depuis longtemps, depuis toute gosse, quand elle jouait en club, avec les garçons. Car des équipes de filles, à l’époque, il n’y en avait pas.

Cat est élue municipale, candidate du PS aux élections régionales, et professeure de vente dans un lycée professionnel. Ce métier, elle le doit au football. Diplômée d’une école de commerce, elle a d’abord été jeune cadre dynamique. Une carrière écourtée après un arrachement des ligaments d’un genou, lors d’un match de football en salle. Dans la blessure, elle a revu ses perspectives: « Le foot a changé ma vie », dit-elle à la fin de l’entretien. Sur son maillot de l’AS Monaco qu’elle arbore, amusée sur la photo ci-contre, un autographe de Jérôme Rothen.

Comment vis-tu ce Mondial? Entre amis. La même bande de potes, filles et garçons, depuis toujours. Nous allons souvent chez moi parce que j’ai le plus grand appartement. Nous nous réunissons aussi pour les grands événements sportifs comme la Ligue des champions, des matches de championnats. Nous préparons un repas amélioré arrosé d’un bordeaux ou alors, c’est pizza.

Quels sont tes joueurs préférés? Je suis orpheline de mon chouchou, David Trezeguet. Mais il y a Evra et Malouda, s’il joue sur le côté gauche. J’aime les milieux offensifs, Iniesta, Fabregas, Xavi pour l’Espagne; Robben pour les Pays-Bas.

Pourquoi milieu offensif? Parce que c’était mon poste. C’est là que le jeu s’accélère, que l’occasion se construit. Je peux me satisfaire d’un match qui s’achève par un 0-0: s’il y a eu des occasions, si c’est allé vite, s’il y a eu du jeu, tout simplement, cela me va. Mon père me disait que si je pouvais choisir un option au bac, ce serait l’option foot… Dans mon village, les filles avaient le droit de jouer seulement pour le Tournoi de Pentecôte, Jjétais considérée comme le garçon manqué, les clichés ont la peau rude. En prépa, nous avions monté une équipe de filles. En fait, nous étions deux à jouer, les autres se cachaient le visage quand il y avait coup franc et pour les tacles, ce n’était même pas la peine.

Quel est ton meilleur souvenir d’une Coupe du Monde? Brésil-France, quart de finale du Mondial 1986! C’est certainement l’un des plus beaux matches en terme d’intensité… Outre le fait que la France gagne elle a l’occasion, en demi-finale contre l’Allemagne, de se venger de la défaite de Séville en 1982 [les Allemands ont à nouveau gagné…]. Même fatigués, les joueurs français forment la plus belle équipe de France de tous les temps avec Platini, Giresse, Rocheteau, Tigana, Bats… Deux ans avant, ils ont été champions d’Europe.

Je me souviens aussi de Lilian Thuram en demi-finale France-Croatie, en 1998, ses deux buts, son doigt sur la bouche, de la stupéfaction du défenseur qui marque deux buts [la France gagne 2-1].

Et le pire souvenir? La Coupe du Monde 1982. Parce que j’étais petite, parce que les images m’ont marquée. L’Algérie qui passe à côté de la qualification après un non-match entre l’Allemagne de l’Ouest et l’Autriche et, bien sûr, la demi-finale de la France contre l’Allemagne.

Qui va gagner la Coupe du Monde? L’Espagne, l’Allemagne, les Pays-Bas, mais il ne faut pas oublier le Brésil. Je soutiens l’Italie parce que j’ai fait un pari avec Dragibus Woman.

Cela existe un football idéal? D’un point de vue sportif, oui. C’est lorsque l’équipe rentre sur le terrain avec l’envie d’attaquer, de continuer à aller vers l’avant quel que soit le score. L’inverse du « catenaccio » [le « verrouillage » du jeu avec une grosse ligne de défense].

Le football est comme la société et une société sans intolérance, sans racisme, cela n’existe pas. En 1998, on a beaucoup parlé et écrit sur l’équipe black-blanc-beur, comme un symbole d’intégration, mais le pays n’est pas allé plus loin. Cela fait dix ans que j’enseigne; il y a dix ans, il n’y avait pas autant d’insultes homophobes. Aujourd’hui, c’est toutes les heures. La lutte contre le racisme, l’homophobie, la xénophobie passe par l’éducation et donc par nos écoles. Tant que l’on ne donnera pas plus de moyens à l’éducation, on ne pourra pas s’en sortir.

Le match du jour: France-Mexique à 20h30

Photo Bénédicte Mathieu (courtesy Pitaladio)

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