« Un autre porno est possible »: tel est le slogan de la deuxième édition du Paris Porn Film Fest qui se tient au cinéma Le Brady (39, boulevard de Strasbourg, 75010 Paris), du 17 au 20 juin (voir le site et la bande-annonce du festival). « Le meilleur de la production et de la création porno internationale contemporaine avec une sélection de films surprenants, excitants, originaux et stimulants », annonce le festival. Florian Voros, son co-programmateur, nous en révèle les temps forts.

Le slogan du festival cette année est « un autre porno est possible ». Qu’est-ce que ça veut dire? Moins formaté? Ouvert à d’autres sexualités? Dis-nous en plus… Le slogan de la première édition était « back to porn »: l’enjeu était de proposer aux gens de revenir en salles pour voir du porno et de sortir le porno du placard. Et de fait, les spectateurs-trices qu’ils et elles soient hétéro, lesbienne, bi, trans’, queer, gay étaient au rendez-vous. « Un autre porno est possible » parce que le porno de papa dominant se voit débordé de toutes parts, que son caractère normatif, excluant, sexploitatif et exotisant est dépassé par de nouvelles expressions pornographiques issues des minorités. Le slogan « un autre porno est possible » est particulièrement bien incarné par des réalisatrices telles que Courtney Trouble, Madison Young, Loree Ericksson, Maria Llopis ou encore par le collectif UrbanPorn.

Vous parlez beaucoup de post-porn. Qu’est-ce que c’est? Le post-porn est une des approches critiques les plus stimulantes de la pornographie moderne. Comme la science sexologique ou l’anthropologie coloniale, le porno moderne est une technologie de production et de visualisation des corps normative. Il suffit d’entrer dans un sex-shop hétéro pour se rendre compte qu’on est toujours pas sorti de cette forme de représentation et de classification des corps très straight. Comme le post-modernisme, le post-porn est une critique de notre modernité occidentale dans sa composante visuelle médicale. Ce n’est pas un hasard si c’est un médecin qui trouve le clit de Linda Lovelace dans Gorge profonde. Et ce n’est pas un hasard si Courtney Trouble revisite cette scène en la queerisant dans notre film de clôture: Nostalgia. C’est des marges du porno moderne, des minorités, que sort le post-porn. Force est de constater que ce sont aujourd’hui les trans’ et les lesbiennes qui font avancer le porno queer et le post-porn, plus que les gays…

Vous consacrez une séance au safe-sex et une autre au bareback avec un docu sur le studio Treasure Island: n’est-ce pas un peu paradoxal? Ce qui m’interpelle, c’est qu’on ne nous questionne jamais sur le fait qu’on programme du porno hétéro sans capote, comme si les maladies sexuellement transmissibles étaient réservées aux gays. Censurer le porno bareback équivaut à ne pas en parler. Inversement, l’intention de cette deuxième édition du Paris Porn Film Fest est d’ouvrir des espaces de réflexion critique autour du porno bareback. Cette réflexion s’est ouverte lundi dernier avec Sharif Mowlabocus, Charles Lum, David Halperin et le public de l’École des hautes études en sciences sociales lors de la journée d’études Pop Porn!. Elle se poursuivra dimanche avec la projection à 22h de Island, un docuporno sur l’univers du producteur et réalisateur bareback Paul Morris.

La programmation de l’édition 2010 privilégie plus généralement les films qui abordent de front et de manière originale le sida et la prévention. Avec notamment le court de Charles Lum, AIDS Conference Cocksuckers, et une séance d’archives sur les campagnes de promotion du safer sex par la vidéo porno [avec la diffusion de Sexe, prévention et vidéos, la campagne de Yagg et de l’Inpes, en présence de Christophe Martet, ndlr], qui sera l’occasion de redécouvrir la cultissime série des GMHC Safer Sex Shorts coordonnée par les vidéoactivistes Jean Carlomusto et Gregg Bordowitz.

Si tu devais recommander trois séances à ne rater sous aucun prétexte, ce serait lesquelles? Impossible de répondre à cette question: on aime tous nos films et nos publics sont à la fois trop divers et gourmands pour les priver de tout voir ou de faire eux-mêmes leur sélection!

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