Pendant trois jours, du 15 au 17 juin, Besançon accueille le colloque « Éducation et homophobie », organisé par l’association Nouvel Esprit. Natacha Taurisson (à gauche sur la photo), coordinatrice nationale du Collectif éducation contre les LGBTphobies en milieu scolaire (notamment), a accepté de jouer les « petites souris » pour Yagg.

Dans mon premier post, je vous confiais mon émoi de rencontrer Anne Kronenberg (à droite sur la photo). Avant qu’elle nous raconte demain sa grande aventure avec Harvey Milk, j’ai profité d’un temps d’atelier où je n’intervenais pas pour enfin la rencontrer et lui poser quelques questions dont je vous fais profiter.

Moment très émouvant, par le combat qu’Anne Kronenberg représente et dans lequel une militante LGBT, comme je le suis depuis une grosse dizaine d’années, ne peut faire autrement que de se projeter en comprenant et partageant, toutes proportions garder, ces difficiles moments pour faire passer et avancer des idées dans notre société, mais y compris parfois auprès de nos propres pairs!

Aussi, vous n’aurez aujourd’hui d’autre écrit de ma part que cette interview que je vous livre…

Anne Kronenberg, avant même d’avoir été la directrice de campagne d’Harvey Milk lors de sa fameuse élection historique au conseil municipal de San Francisco, était engagée dans le combat féministe. Depuis elle a continué ses engagements politiques, notamment en travaillant auprès du sénateur Ted Kennedy. Aujourd’hui, mariée et mère d’enfants âgés d’une vingtaine d’années, elle est directrice adjointe du département de Santé publique de San Francisco.

Invitée d’honneur du colloque « Éducation et homophobie » de Besançon, elle a très gentiment et avec beaucoup de disponibilité accepté cette interview.

Dans le film Harvey Milk, Gus Van Sant vous présente comme la seule femme dans l’entourage de Milk. Est-ce fidèle à la réalité? Oui en effet, à mon arrivée dans l’équipe d’Harvey Milk, j’étais la seule femme au milieu de ce groupe d’hommes gays. Mais ma présence a permis ensuite à d’autres femmes de venir composer l’équipe. Harvey voulait absolument que la diversité humaine soit représentée. Que ce soit certes des par la visibilité de femmes lesbiennes, mais aussi d’hétérosexuels ou de personnes de couleur. Il tenait absolument qu’il y est quelque chose d’inclusif qui puisse toucher tout le monde, et pas seulement les homos et les hommes seulement.

Vous avez ouvert une nouvelle voie par ce combat autour d’Harvey Milk. Quelle était la réalité du militantisme à l’époque, dans un contexte particulièrement discriminant, et qu’est-ce que cela vous a apporté et qui vous sert dans votre vie d’aujourd’hui? Nous avions une idée centrale à travers nos combats, c’était de faire changer le rapport à la politique et son milieu, faire évoluer la législation et améliorer la question sociétale et nos rapports sociaux, et ce dans l’objectif de fixer une approche commune pour toutes les personnes. C’est au niveau des communautés qu’on trouve le pouvoir d’agir, et à cette époque, c’est en organisant la communauté homosexuelle que nous avons trouvé ce pouvoir comme levier pour faire changer les choses. C’est grâce à cette expérience, et auprès d’Harvey Milk que j’ai appris à rassembler les foules autour de projets communs.

Aujourd’hui, vous êtes Directrice adjointe du département de santé publique de San Francisco. En quoi cela consiste-t-il? Aujourd’hui je m’occupe de programmes de développement de santé publique, notamment en termes d’évolution de la législation pour les personnes LGBTQQI. Mais en fait j’ai de nombreuses responsabilités aussi dans d’autres domaines complètement différents, comme par exemple l’assistance des personnes en cas de catastrophes naturelles.

En quoi le fait d’avoir vécu avec une femme à cette époque et de fréquenter le milieu lesbien, a-t-il influé sur votre façon d’appréhender votre travail? J’ai d’abord été identifiée comme vivant avec une femme, puis plus tard avec un homme, cela m’a permis d’acquérir une vision différente du rapport à l’humain, en me donnant une vision plus ouverte. Je me suis rendu compte qu’il n’y avait en fait pas de différences. Aujourd’hui je vois des individus identiques en chaque personne, sans envisager de différences entre elles, contrairement peut-être à la vision que nous donnaient les combats au départ de notre aventure. Au début, avec Harvey Milk, nous étions dans un mouvement gay, donc d’hommes. Ensuite le mouvement a évolué par l’arrivée des femmes qui revendiquaient « Nous aussi nous sommes uniques! ». C’est à ce moment-là que s’est créé et que s’est adjoint le mouvement lesbien regagnant celui des gays.

Comment aujourd’hui s’est transformé et a évolué le mouvement que vous aviez initié à l’époque? Par la suite, à San Francisco, et surtout de nos jours, je suis fière de voir que le mouvement est plus inclusif en rassemblant les gays, les lesbiennes, mais aussi les bisexuels, les trans’, les queers, les intersexués et les personnes en questionnement « LGBTQIQ ». Chaque type de personne est représenté dans ce mouvement.

Aujourd’hui, notre ville est caractérisée par une évolution très positive. Que l’on soit élu-e, un-e officiel-le ou une personne importante, les gens se moquent de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre de la personne qui se présente à eux. Cela n’a plus aucune importance, on la juge avant tout sur ses compétences. Oui, c’est un grand changement, une grande évolution!

Mais il est vrai que j’ai l’impression de vivre dans une sorte de bulle. Nous pouvons en fait rencontrer ce phénomène  davantage dans les grandes villes des côtes Ouest ou Est des États-Unis comme New York par exemple. Par contre, entre les deux, c’est quand même le grand désert…

Vous êtes l’invitée d’honneur de ce colloque centré sur la lutte contre les LGBTphobies dans le milieu éducatif, que retirez-vous de ces rencontres et de votre venue en France? C’est la première fois que je viens en France et c’est vraiment un merveilleux pays. Je tiens à dire que je suis très honorée d’avoir été invitée pour cet événement et de pouvoir rencontrer des personnes qui luttent et militent dans votre pays. Je suis très impressionnée par tous ces gens très courageux, à Besançon par cette organisation, mais aussi en France.

Permettez-moi d’être très surprise en vous entendant employer le terme « courageux », compte tenu de votre combat à une époque de rejet très fort de l’homosexualité. Étant moi-même enseignante, et là je fais référence au vote N°6 par exemple, qui demandait l’éviction des enseignants homosexuels, nos combats actuels dans ce pays, mêmes parfois difficiles, me semblent moins en proie à une hostilité aussi virulente? Oui, je suis impressionnée que vous échangiez pour parler des questions et thématiques LGBT à l’école car vous réalisez une action contre les normes. Il est important d’apprendre dès le plus jeune âge que tous les êtres doivent êtres égaux. Il est très important que les hétérosexuels reconnaissent les personnes LGBT, mais les soutiennent aussi. Vous vous battez contre les conservatismes, le message d’Harvey Milk c’était « Sortez du placard et acceptez les autres ».

Natacha Taurisson

Natacha Taurisson est coordinatrice nationale du Collectif éducation contre les LGBTphobies en milieu scolaire; présidente, porte-parole et animatrice dans le milieu associatif LGBT et spécialiste de la question de l’identité de genre, depuis 1998; porte-parole et formatrice de l’association EGO (Être Genre Orientation); enseignante, responsable syndicale nationale, coordinatrice du pôle national de formation du Sgen-CFDT, Formatrice et animatrice de l’institut de formation IRIS.

Si vous avez manqué les épisodes précédents:

« Besançon, ville aux couleurs arc-en-ciel en cette semaine de bac… », par Natacha Taurisson

Colloque « Éducation et homophobie » – 2: « Une première journée riche, mais chargée… », par Natacha Taurisson

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