Natacha Taurisson

Natacha Taurisson

Pendant trois jours, du 15 au 17 juin, Besançon accueille le colloque « Éducation et homophobie », organisé par l’association Nouvel Esprit. Natacha Taurisson, coordinatrice nationale du Collectif éducation contre les LGBTphobies en milieu scolaire (notamment), a accepté de jouer les « petites souris » pour Yagg.

Il vaut mieux des têtes bien faites, que des têtes bien pleines qu’il disait… Si je partage entièrement cet adage, la mienne en cette fin de journée commence déjà à bien se remplir!

Le colloque Éducation et homophobie de Besançon a donc débuté en ce mardi 15 juin par l’intervention des « officiels ». Le recteur de Franche-Comté, le vice-président de l’université, la vice-présidente de la région, le maire de Besançon… bref la brochette indispensable des acteurs de la politique locale en ouverture de cette manifestation se présente et délivre son intérêt pour LA cause…

Mon impression? Rien de nouveau du côté de la parole du représentant de l’Éducation nationale, qui affiche et met en avant du réchauffé en nous annonçant, comme l’avait fait son ministre de tutelle le 17 mai dernier, que le ministre de l’Éducation nationale avait décidé le lancement d’une vaste concertation sur les discriminations, et bla bla bla… Gonflé quand même, quand on sait que cette concertation est lancée depuis décembre dernier et ce, sur une demande faite à M. Darcos datant de l’époque où il était ministre, par l’Inter-LGBT et le Collectif éducation LGBT. Le rapport est sur le bureau de M. Chatel depuis de nombreuses semaines, et donc déjà bouclé! Pourtant, on attend toujours les promesses qui datent d’un an, de mise en place de groupes de travail sur les discriminations, LGBT notamment.

Dix minutes de présence et d’expression de l’Éducation nationale seront les seules traces d’une présence de représentants éventuels au cours de ce colloque d’une durée de trois jours. Rappelez-moi déjà la thématique du colloque? Pourtant il me semblait avoir entendu notre ministre dire que la lutte contre « toutes les discriminations » était sa priorité en février dernier. Les LGBTphobies dans le milieu éducatif ne doivent certainement pas faire partie des priorités, voir des discriminations… Oui je suis colère du peu de cas fait par ce ministère, qui aurait soi-disant accordé à ce colloque son haut patronage.

Bon allez, c’était ma minute d’humeur militante, promis. Heureusement que l’on peut aussi entendre des interventions qui s’engagent davantage. C’était le cas des élus locaux, et notamment du maire de la ville. Du rarement entendu par mes oreilles, pareil message provenant d’une municipalité qui prononce tous les mots de la panoplie LGBT sans tabou, y compris des mots grossiers pour certains comme « transsexualité », « identité de genre », « transphobie »… en sachant de quoi il s’agit. Une panoplie d’action mises en place, même reconnue par la Halde comme exemple national! Et après on dira que les petites villes de province, au fin fond de la France, ne sont pas à la hauteur. Voilà pour moi un bel exemple de partenariat associatif constructif qui apporte son lot d’actions concrètes.

Mais les vrais temps de ce colloque sont pour moi les partages d’expériences et de pratiques dans les pays de cette planète que permet cet événement. C’était aujourd’hui la journée consacrée à l’état des lieux. Comment se nourrir de la quinzaine de contributions dans les ateliers sans avoir le don de la triple personnalité? Aller hop, première frustration! Et ce, sans compter les conférences plénières riches d’enseignements. Décidément le Canada sera toujours à la pointe de l’accompagnement et du traitement des thématiques soulevées par les questions d’orientation sexuelle et d’identité de genre par les ministères concernés. La Belgique n’est pas mal non plus, malgré certes quelques soucis en ce moment sur d’autres formes de discriminations nationales… Je suis aux anges pendant les pauses, quelle chance de pouvoir profiter de ces temps pour prendre des contacts, échanger en libre de nos recherches, de nos analyses pour les compléter. C’est dans ce type de manifestations que l’on prend encore davantage conscience de l’ampleur du mot « diversité » et la richesse qu’il peut engendrer…

Et voilà, je suis sur mon clavier pour me laisser aller à mes élucubrations, et je viens de rater le pot de la mairie et la visite du musée du Temps… Alors je laisse l’écran et file rejoindre la diversité pour continuer ce voyage francomtois, avec Anne qui cet après-midi nous a rejoints…

Natacha Taurisson

Natacha Taurisson est coordinatrice nationale du Collectif éducation contre les LGBTphobies en milieu scolaire; présidente, porte-parole et animatrice dans le milieu associatif LGBT et spécialiste de la question de l’identité de genre, depuis 1998; porte-parole et formatrice de l’association EGO (Être Genre Orientation); enseignante, responsable syndicale nationale, coordinatrice du pôle national de formation du Sgen-CFDT, Formatrice et animatrice de l’institut de formation IRIS.

Si vous avez manqué le premier épisode: « Besançon, ville aux couleurs arc-en-ciel en cette semaine de bac… », par Natacha Taurisson

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