Aujourd’hui, lundi 14 juin, se tient la Journée mondiale du don du sang. L’occasion pour l’EFS (Établissement français du sang) d’encourager les Français à donner leur sang. À l’exclusion des homosexuels qui, depuis 27 ans, n’ont toujours pas le droit de le faire. Une mesure de précaution qui date en effet de 1983, c’est-à-dire au tout début de l’épidémie du sida.

En 2007, la ministre de la Santé Roselyne Bachelot promettait pourtant de changer cette situation discriminatoire et d’ouvrir le don du sang aux homosexuels. Deux ans plus tard, revenant sur cette promesse, elle signait un arrêté définissant de nouveaux critères de sélection de donneurs de sang (âge repoussé, fréquence des dons augmentée…), mais réaffirmait l’interdiction aux gays de donner leur sang. « Il y a un risque, et ce risque est trop élevé », concluait-elle alors dans un entretien accordé à Libération.

Évidement le risque zéro n’existe pas et la population gay se trouve être plus frappée par l’épidémie. Le problème reste cependant que la sélection se fasse selon l’appartenance à un groupe et non selon le comportement effectif des gens. Chaque homosexuel étant perçu comme un potentiel porteur du virus.

De plus, ces critères se fondent sur la parole du donneur. Avant de donner son sang, le volontaire doit remplir un questionnaire. Un questionnaire qui se base sur sa bonne foi, qu’il s’agisse de ses antécédents médicaux comme de ses pratiques sexuelles. La parole d’un homosexuel, lorsqu’il affirme n’avoir eu que des rapports protégés, n’aurait-elle pas le même poids que celle d’un hétérosexuel?

ET AILLEURS?
Cette situation n’est pas la même partout. Chaque pays détermine ses critères de sélection et la perception du risque des donneurs homosexuels n’est visiblement pas partagée par tous. En Europe, les homosexuels peuvent par exemple donner leur sang en Espagne où cette restriction n’a tout bonnement jamais existé. En Italie et au Portugal, la restriction avait bien été appliquée dès les années 1980, mais elle a été levée depuis plusieurs années (en août 2006 pour le Portugal).

La Suède a changé ses critères, à son tour, en mars 2010. Les gays suédois peuvent donc désormais donner leur sang, à la condition – un peu particulière – de n’avoir pas eu de rapport sexuel avec un homme au cours des douze derniers mois.

La Suisse pourrait suivre, comme l’explique un article de La Tribune de Genève. La question a en tout cas été soulevée au sein du Service de transfusion sanguine de la Croix-Rouge suisse, qui chapeaute les centres et évalue les critères de dons. Il faudra attendre l’année prochaine pour connaître ses conclusions.