Depuis plusieurs jours, une polémique autour de l’Orgullo (la gay pride) de Madrid, qui se tiendra le 3 juillet prochain, met la communauté LGBT internationale en émoi. Les organisateurs de la gay pride de Madrid ont décidé lundi dernier que le char de la Mairie de Tel Aviv, qu’ils avaient invité quelques semaines plus tôt, n’était plus le bienvenu, parce que la Mairie de Tel Aviv n’a pas publiquement condamné l’attaque de la flottille humanitaire au large de Gaza le 31 mai dernier, au cours de laquelle sont morts neuf humanitaires.

« Il s’agissait d’une attaque contre une délégation d’activistes de Droits humains comme nous le sommes nous-mêmes (…) Une institution israélienne qui n’a pas condamné une attaque contre de activistes de Droits Humains ne nous parait pas avoir sa place à la Marche des fiertés » indiquaient les organisateurs.

Ce char avait été invité, pour la première fois cette année, à défiler lors de la plus importante marche d’Europe pour promouvoir la ville de Tel Aviv comme destination touristique pour la communauté LGBT. Le slogan du char devait être « TLV Love Embassy ».

Cette position des organisateurs a provoqué lundi un profond malaise en Israël, mais aussi chez quelques associations LGBT espagnole. Colegas, l’une des trois grandes associations LGBT madrilènes, a qualifié cette décision de « totalement inacceptable (…) quand on sait qu’elle vient d’une organisation qui dit lutter contre la discrimination, pour la liberté et les droits humains ». Pour le Colectivo gay evangélico, association LGBT des homosexuels chrétiens espagnols, la gay pride est « avant tout une marche contre la discrimination et il serait discriminatoire de ne pas les laisser participer ».

« IL NE S’AGIT PAS D’UNE INTERDICTION »
Il semblerait cependant que les choses ne soient pas aussi simples. Contacté par Yagg, Miguel Ángel González Merino, président du collectif d’associations LGBT COGAM qui organise la Marche, tient à clarifier les choses. Il ne s’agit pas selon lui de discrimination, ce n’est pas la présence des associations israéliennes qui pose problème, seulement la présence du char de la Mairie de Tel Aviv.

Contrairement à ce que la presse a titré depuis lundi, « il n’a jamais été question d’interdire aux LGBT israéliens de participer à la Gay Pride de Madrid », affirme t-il, « nous avons simplement dit que nous ne voyions pas d’un bon œil la présence du char de la ville de Tel Aviv ».

« J’insiste pour dire que nous trouvions mal venu que la Mairie de Tel Aviv vienne faire sa promotion, ses opérations commerciales et touristiques, à Madrid, alors qu’ils n’ont pas condamné cette attaque contre la flottille humanitaire qui a tué neuf activistes comme nous ».

« Notre position était une position difficile à prendre. (…) Mais notre Marche des fiertés est une « fierté » et en cela elle se réclame du respect des droits humains », ajoute t-il.

« NOUS DÉFENDONS TOUS LES DROITS HUMAINS »
Toni Poveda, le président de la FELGTB (Federación Estatal de Lesbianas, Gays, Transexuales y Bisexuales), l’une des associations organisatrices de la Marche, a également justifié mercredi cette position au quotidien espagnol El Pais: « Nous sommes des défenseurs de tous les droits humains, pas seulement des nôtres (…) Après cette attaque, nous avons prudemment attendu pendant quelques jours une réaction de la Mairie, mais ils n’ont pas condamné cette attaque ».

Il est nécessaire d’ajouter que suite à l’attaque de la flottille au large de Gaza, l’émoi a été particulièrement fort en Espagne. Les journaux espagnols ont eu des mots très durs envers l’armée israélienne et l’opinion publique, profondément choquée, s’est montrée solidaire du peuple palestinien. Parfois jusqu’au dérapage, d’ailleurs: lundi dernier, trois conférenciers israéliens ont été agressés sur le campus de l’Université de Madrid par un groupe de jeunes manifestants pro-palestiniens, et l’un des conférenciers a été blessé.