Hussein BourgiDepuis le 22 mai et jusqu’au 11 juillet, nos samedis sont ponctués par les manifestations de la Lesbian & Gay Pride. Je saisis l’occasion de ces marches annuelles pour rappeler leurs origines et regretter les tentatives de changer le nom de ces manifestations.

Dans la nuit du 27 au 28 juin 1969, la police new-yorkaise opère des descentes musclées dans les bars gays de Greenwich Village. Quand elle investit le Stonewall Inn, établissement installé sur Christopher Street, les clients se rebellent. Des passants se joignent à eux, la foule grossit et les forces de l’ordre sont obligées de se barricader dans le Stonewall Inn pour attendre les renforts. Les altercations dureront trois jours. Un an plus tard, les militants gays de New York organisent une marche pour commémorer l’événement. Cette manifestation sera la première Gay Pride.

Dès 1995, des Lesbian & Gay Pride sont organisées en région, aujourd’hui dans une quinzaine de villes françaises. Elles sont l’occasion de rompre avec l’isolement généré par l’opprobre familial, social et religieux. Elles sont l’occasion de manifester en faveur de l’égalité des droits: qu’il s’agisse de l’obtention de la loi sur le pacs, ou de la loi contre l’homophobie, qu’il s’agisse de l’ouverture du mariage aux couples de même sexe ou de la reconnaissance de l’homoparentalité.

UNE IMPORTANCE SYMBOLIQUE ET POLITIQUE
Chez beaucoup de LGBT, la Lesbian & Gay Pride a une importance symbolique et politique. Pour beaucoup de ceux qui ne veulent ou ne peuvent pas y participer, cette manifestation constitue un signe de ralliement et d’appartenance à une minorité longtemps persécutée, opprimée et toujours discriminée.

Il y a quelques années dans certaines villes, les organisateurs, dans le sillage d’un mouvement amorcé à Paris, ont choisi de franciser le nom de la Lesbian & Gay Pride et d’y inclure les Bi et les Trans’; c’est ainsi qu’est né le vocable Marche des Fiertés LGBT. Si à l’époque l’abandon du nom Lesbian & Gay Pride m’a chagriné, je me suis consolé en constatant que cela avait eu comme corollaire de citer, donc de visibiliser davantage les Bi et les Trans’.

Depuis peu, certains organisateurs ont entrepris de créer ici ou là une marche qu’ils ont baptisée d’un nouveau nom (Pink Parade à Nice), pendant que d’autres ont décidé à Montpellier cette année de renommer la Lesbian & Gay Pride, au bout de 16 ans, en Marche de la diversité.

Ce dernier fait m’a interloqué d’autant plus que mes amis de l’association « Lesbian & Gay Pride Montpellier » organisateurs de la marche « Lesbian & Gay Pride » font un travail qui frise l’excellence, que j’approuve la grande majorité de leurs orientations et que je les soutiens pour l’essentiel.

Depuis la sortie de leurs affiches et du programme, je ressentais un malaise ambiant dans la ville: dans les cercles militants où chacun-e bougonne et ronchonne dans son coin, mais bien au-delà… Les réactions étaient parfois indignées, souvent mesurées et quelquefois maladroites; mais elles évoquaient toutes la même chose: la peine et les regrets que les gens avaient car les associations (notons bien la généralisation) avaient renoncé à un nom pour lequel ils et elles avaient un profond attachement, un attachement affectif, presque romantique.

LA LESBIAN & GAY PRIDE RESTERA TOUJOURS LA GAY PRIDE
Pour ma part, je trouve regrettable et vain de vouloir débaptiser ces manifestations que des pionniers avant-gardistes ont créées pour porter haut et fort des revendications communautaires. Pour le commun des mortels, la Lesbian & Gay Pride restera toujours la Gay Pride. Et c’est très bien ainsi ! À celles et ceux qui en doutent, il suffit d’écouter les gens parler et en parler.

Le chemin de l’égalité des droits est encore long et les combats fort nombreux pour que l’aspect festif et carnavalesque vienne éclipser le contenu militant. Les revendications portées par les LGBT sont trop importantes pour les diluer dans un concept d’apparence fédérateur (Marche de la Diversité) mais politiquement creux. Les revendications des femmes victimes de sexisme, comme celles des personnes victimes de racisme, sont proches mais différentes des revendications des homosexuels et des transsexuels.

Aussi il est illusoire et stérile de vouloir rassembler tout ce beau monde sous la même bannière sans s’être mis d’accord auparavant sur une plateforme revendicative listant et recensant les revendications, parfois communes mais souvent indépendantes, les unes et des autres.

UN CONCEPT ANGLO-SAXON
Par ailleurs, rappelons que la notion de diversité est un concept anglo-saxon importé en France par les pouvoirs publics et le patronat pour ne pas affronter la question plus politiquement incorrecte qu’est la lutte contre les discriminations dans le monde professionnel. Le concept de diversité que certains politiques essayent de nous imposer est une manière de se donner bonne conscience et de ne pas répondre sur des questions essentielles dans le domaine de l’égalité des droits (égalité salariale entre les femmes et les hommes, place des personnes issues de l’immigration dans le monde du travail, ouverture du mariage entre personnes de même sexe, reconnaissance de l’homoparentalité). Pour mémoire, il est bon de rappeler que ce sont souvent les mêmes qui prônaient la mixité en politique (1 femme pour 9 hommes?) pour mieux réfuter la revendication de la parité (5 femmes pour 5 hommes) dans les assemblées élues, qui ont importé ce concept de diversité.

L’édition 2010 de la Lesbian & Gay Pride de Montpellier fut un beau succès, mais je ne me satisfais pas de cette réussite pour entériner l’adoption du nouveau nom choisi, sans consultation ni concertation préalable, pour notre manifestation commune. Cette tribune témoigne d’une divergence de fond qui ne doit être considérée comme une énième polémique dont le milieu LGBT est si friand.

Nous sommes toutes et tous propriétaires et héritiers de la Lesbian & Gay Pride, cette manifestation qui vient de loin et qui a vocation à nous survivre.

Je considère que l’Histoire et les mots ont un sens que nous ne devons pas galvauder. Aussi la Lesbian & Gay Pride ne peut pas et ne doit pas changer de nom, au gré des humeurs ou des circonstances.

Le débat est lancé!

Hussein Bourgi, président du Collectif Contre l’Homophobie (CCH)

[Les intertitres sont de la rédaction]