Le couple malawite  condamné mi-mai à 14 ans de prison et de travaux forcés pour « violation de l’ordre naturel », c’est-à-dire pour homosexualité, avant d’être gracié par le président du Malawi, n’a pas resisté à la pression et se sépare.

La conversion soudaine de Steven Monjeza pourrait être due à la pression sociale et familiale, mais aussi policière et judiciaire. Au Malawi, les relations sexuelles entre hommes sont passibles de 14 ans d’emprisonnement, et le couple faisait probablement l’objet d’une attention toute particulière.

Tiwonge Chimbalanga (qui, selon des observateurs, se considère comme une femme) et Steven Monjeza avaient été arrêtés en décembre dernier après avoir procédé à une cérémonie traditionnelle de mariage, non-officielle. Après plusieurs mois de détention dans des conditions particulièrement difficiles et une lourde condamnation, ils avaient été « pardonnés » par le président Bingu wa Mutharika et remis en liberté « pour des raisons humanitaires ». Le résultat d’une pression internationale organisée et incessante, dont une intervention directe de Ban Ki-moon, Secrétaire général des Nations unies.

Désormais libre, mais menacé, le couple se sépare. Dix jours après la grâce présidentielle, Steven Monjeza a annoncé par voie de presse qu’il s’apprêtait à épouser une femme [biologique, ndlr].

« LA LOI PEUT SE RETOURNER CONTRE NOUS, SI NOUS NE SOMMES PAS PRUDENTs »
Dans une interview au journal malawite The Nation, Steven Monjeza a annoncé officiellement sa relation avec sa nouvelle compagne, précisant qu’il ne souhaitait plus être associé à ce qu’il appelle « ces ordures gays » (« gay trash ») maintenant qu’il a trouvé le véritable amour en Dorothy Gullo, 24 ans. Il a ajouté avoir refusé des offres d’asile, expliquant qu’il préfère rester au Malawi avec sa nouvelle fiancée plutôt que de partir vivre à l’étranger « pour être utilisé par des hommes gays ».

« On nous a pardonné mais je sais que la loi peut se retourner contre nous, si nous ne sommes pas prudents. Bien que j’ai déclaré être toujours amoureux de Tiwo, je ne le pensais pas. Je n’ai jamais eu de relation sexuelle avec lui, comme l’a montré le procès. C’est pour cela que l’examen médical n’a pas établi la moindre pénétration anale. J’ai été forcé dans toute cette affaire », a-t-il déclaré.

« JE NE VOULAIS PAS PARTIR »
Dans The Nation, Steven Monjeza ajoute avoir était contraint à se rendre à la conférence de presse de la semaine dernière – dans laquelle il témoignait de son amour pour Tiwonge Chimbalanga. « Ils sont venus me chercher de force chez moi à Kameza alors que j’étais saoul. Ils m’ont fait entrer dans leur voiture et m’ont dit qu’ils m’emmenaient boire un verre. En effet, on m’a fait beaucoup boire pendant le trajet mais personne ne m’a dit où on allait jusqu’à ce que j’arrive dans une maison à Lilongwe pour retrouver Tiwo. Il m’a dit que beaucoup de pays pourraient nous accueillir mais je lui ai dit que ça ne m’intéressait pas et que je ne voulais pas partir. »

« Je sais qu’il y a des gens qui ont pour mission de m’attirer dans des choses contre ma volonté. Je ne céderai pas. J’ai catégoriquement refusé de les suivre. Je ne suis pas fou. Ils sont allés jusqu’à impliquer ma famille pour me convaincre de changer d’avis. (…) Trois hommes sont venus me chercher. L’un d’eux était blanc et a dissimulé son identité en restant dans la voiture pendant que les deux autres me parlaient. J’ai été obligé de parler à la presse pour que l’on me laisse tranquille. »

Lors de cette interview, Steven Monjeza a également prétendu que Tiwonge Chimbalanga – aussi connu sous le nom de Aunt Tiwo (Tante Tiwo) – vivait actuellement dans une maison à Lilongwe avec quatre autres hommes.

« JE RESPECTE SA DÉCISION »
Dans une autre interview, rapportée par le site d’information malawite Nyasa Times, Tiwonge Chimbalanga s’est exprimée à son tour. Elle s’est dite choquée d’apprendre que son partenaire la quittait pour une femme [biologique, ndlr] et a indiqué que Steven Monjeza ne l’avait pas prévenue de cette séparation: « Je viens d’apprendre la nouvelle dans les journaux. Je suis triste qu’il ait préféré parler à la presse sans m’en parler avant. Je respecte sa décision d’épouser une femme. Il a le droit de prendre cette décision mais je suis aussi libre de me marier. Je me marierai, j’en suis sûre et je resterai homo ».

Dans cette autre interview, Tiwonge Chimbalanga rejette également l’accusation de Monjeza qui dit qu’ils ont été forcés à des engagements publics: « C’est totalement faux. Nous n’avons pas été forcés. Nous sommes des adultes ».

Et elle est convaincue que cette soudaine reconversion de Steven Monjeza est la conséquence de pressions familiales et sociales. « On en parle trop et il y a trop d’homophobie (au Malawi) ».

« STEVEN N’A PAS SUPPORTÉ LA PRESSION »
« Le couple a reçu de nombreuses menaces de mort et le gouvernement a menacé de les arrêter de nouveau s’ils retournaient ensemble », a indiqué dans un communiqué de presse Peter Tatchell, porte-parole de l’association LGBT OutRage!, qui a soutenu le couple en prison et qui s’est beaucoup investi pour les faire libérer.

« J’ai été en contact avec Steven et Tiwonge pendant quatre mois, grâce à des visiteurs de prisons à qui je m’arrangeais pour leur donner de la nourriture, des médicaments, des chaussures et des vêtements. Dans les messages qu’il me transmettait en retour, le couple affirmait son amour. Je crois qu’il s’agit d’une sincère affection et d’un attachement véritable », ajoute-t-il.

« C’est tragique que des menaces et des sévices homophobes aient forcé ce couple à se séparer. Ils étaient profondément amoureux. Steven n’a pas supporté la pression. C’est tout à fait compréhensible, il veut une vie calme et sure, et cela n’aurait pas été possible en restant avec Tiwonge. Tous les deux risquent de violentes attaques. Steven et Tiwonge n’ont jamais fait de mal à personne. Ils ont défendu le droit de s’aimer. »

NB: Comme nous l’avons indiqué, Tiwonge se considère comme une femme, mais Steven en parle au masculin dans l’interview accordée à The Nation. La rédaction de Yagg a fait le choix de traduire ses déclarations aussi fidèlement que possible.

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