La méphédrone. Nom scientifique: 4-méthylmethcathinone (4-MMC). À l’origine, elle servait à des expériences sur des rats de laboratoire afin de vider leurs vésicules d’une molécule. Aujourd’hui, la méphédrone est devenue la drogue de synthèse dont on parle le plus. Et qui semble prendre de l’ampleur en Europe. D’où une série récente d’interdiction et de surveillance accrues.

MANQUE DE RECUL ET PRINCIPE DE PRÉCAUTION
La méphédrone fait son apparition dans les médias fin mars dernier. À cette époque, le gouvernement britannique s’interroge sur une possible interdiction de la molécule. Elle est soupçonnée d’avoir déjà fait plusieurs morts en Angleterre et en Écosse. Certains médecins avancent le chiffre de 25. Mais aucune étude pour le moment ne permet d’affirmer ce bilan.

Le problème, c’est que les scientifiques n’ont pas encore assez de recul sur ce nouveau phénomène. Pourtant, la méphédrone a fait officiellement son entrée sur le territoire britannique l’été dernier. Elle était alors vendue en gélule ou en poudre dans des festivals électro. On la trouve très facilement sur internet à des prix défiants toute concurrence (entre 6 et 17 euros le gramme, contre 60 euros pour la cocaïne). Ce qui attire évidemment de nombreux jeunes.

Elle est fabriquée en Chine et d’après sa composition et les témoignages de consommateurs, la méphédrone a des propriétés proches de celles de l’ecstasy et de l’amphétamine. Avec un sentiment d’euphorie pendant 2 ou 3 heures. Puis une lente et horrible descente accompagnée de crise d’angoisse et de paranoïa, voire de risques de crise cardiaque en cas d’overdose. C’est d’ailleurs en Suède qu’a été détecté le seul (et pour le moment, unique) cas d’overdose à la méphédrone. Le gouvernement suédois a d’ores et déjà interdit la molécule.

PREMIÈRES CIBLES: LES PAYS DU NORD
Face à ses nombreuses suspicions de décès, le Royaume-Uni devait donc classer très rapidement la méphédrone en catégorie B (aux côtés des amphétamines et du cannabis). Mais un débat d’experts ralentit le processus.

Pourtant, il semble avéré que la méphédrone soit en constante progression. Europol et l’Office européen des drogues et des toxicomanies (OEDT) ont d’ailleurs présenté un rapport à l’Union européenne (UE) à ce sujet. L’UE vient de demander la mise sous surveillance de la méphédrone. Avant une possible interdiction au niveau des 27.

Des États ont déjà pris les devants en prohibant le produit. En plus de la Suède, il s’agit du Danemark, de la Norvège, de l’Estonie, de la Croatie, de la Roumanie et de l’Allemagne.

La méphédrone est d’ailleurs « très à la mode dans les soirées gays berlinoises », d’après Thierry Charlois, chef de projet du collectif Fêtez clairs. Il regroupe de nombreuses associations parisiennes, des établissements de nuit et il est en partenariat avec la Préfecture et la Mairie de Paris pour organiser des happenings de prévention sur les drogues et les dangers liés à la vie nocturne.

LA FRANCE ÉPARGNÉE?
Pour Thierry Charlois, la France semble pour le moment « préservée ». Même point de vue du côté du Sneg (Syndicat national des entreprises gaies): « la méphédrone est un produit dont on parle plus dans les médias qu’elle n’existe vraiment sur le terrain ».

Pour preuve, la saisie récente de 200 doses et de 150 grammes de poudre de méphédrone. Le produit est certes importé dans l’hexagone, mais il n’atteint pas les proportions d’autres pays. Plusieurs milliers de gélules et des kilos de poudre ont déjà été interceptés par les douanes européennes.

Mais l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), qui a eu des remontées de ses antennes régionales concernant la méphédrone pour la première fois à l’automne 2009, n’attend pas que le trafic explose pour intervenir. Elle s’inquiète d’autant plus que la méphadrone fait partie de ces drogues vendue online. Un commerce en constante progression: 24 nouvelles drogues de synthèse ont été répertoriées en 2009; c’est deux fois plus qu’en 2008 (source: OFDT et Interpol).

Par précaution, l’OFDT a alerté la Commission nationale des stupéfiants et des psychotropes qui a demandé à l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) de lui dresser un rapport précis de la présence et de la dangerosité de cette drogue sur le territoire.

La France pourrait alors à son tour interdire la méphédrone. Le rapport de l’Afssaps devrait être présenté dans les toutes prochaines semaines.

Pierre Courade

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