Le Bleu est une couleur chaude couvertureCe n’est pas tous les jours que le premier album d’une auteure lesbienne, racontant une histoire d’amour entre deux femmes, est publié par un grand éditeur français. Alors quand, en plus, l’album en question est de grande qualité, on ne peut que se réjouir de l’apparition d’une nouvelle artiste à suivre.

Julie Maroh a écrit et dessiné un album dense de 150 pages qui nous fait suivre la relation tumultueuse qui unit Clémentine et Emma, de 1994 à nos jours. Les lecteurs sont prévenus immédiatement de la fin tragique de leur histoire commune: en effet, l’album débute par une scène montrant Emma revenant chez les parents de Clémentine après le décès de celle-ci [1] et se plongeant dans les journaux intimes de sa compagne.

Clémentine a 15 ans quand elle commence à remplir son premier journal en début d’année de Seconde, et quelques semaines plus tard, elle croise dans la rue une jeune femme aux cheveux bleus, âgée de quelques années de plus. Cet instant fugace va être le déclencheur de l’émergence d’un désir alors encore inconscient, désir qui ne va pas s’affirmer sans difficultés.

Le bleu est une couleur chaude planche 1

Une des premières rencontres entre Emma et Clémentine

Cette émergence est signifiée visuellement par un élément à la fois simple et élégant: la couleur bleue. Bleu de la chevelure d’Emma, bleu du journal intime, bleu des mains baladeuses d’Emma dans les rêves érotiques de Clémentine, bleu du pull de Thomas, un lycéen qui tombe amoureux de Clémentine, bleu au milieu du gris ambiant, puisque toutes les séquences situées avant l’âge adulte sont dessinées dans un beau monochrome au lavis, alors que celles des années de la relation entre Emma et Clémentine sont en couleurs.

Le traitement réaliste du passage à l’âge adulte de Clémentine tout au long de l’album fait de celui-ci un véritable roman d’apprentissage homo, avec les étapes évidentes franchies une par une, mais sans jamais tomber dans le cliché. Après tout, peu d’entre nous arrivent à assumer leurs désirs sans passer par des phases de dénégation, envers les autres et envers eux-mêmes, et Clémentine passe bien par ces phases, soutenue entre autres par un copain de lycée, lui aussi homo mais qui assume déjà [2]. Mais la sortie de placard ne résout pas tout, loin de là, et la relation entre les deux jeunes femmes, qui ne se bâtit que très lentement, ne verse jamais, bien au contraire, dans l’amour version Harlequin. Cela est dû en particulier au fait que l’auteure ne propose pas des personnages angéliques, mais bien plutôt des portraits de personnes complexes, chacune avec ses qualités humaines et ses contradictions.

Le bleu est une couleur chaude est un album que l’on prend plaisir à relire, ce qui est la marque la plus sûre de sa valeur. Espérons donc que Julie Maroh nous offrira dans les années à venir d’autres œuvres aussi riches, graphiquement et psychologiquement.

François Peneaud

Notes:
1. Nous n’allons sûrement pas détailler les causes de ce décès, mais nous dirons tout de même qu’il n’a rien à voir avec une quelconque violence homophobe.
2. Il est amusant que le personnage de nos jours plutôt cliché du meilleur ami homo se retrouve ici, cette fois-ci avec une lesbienne et non pas une hétéro comme cela se produit souvent dans la fiction grand public.

partenariat LGBTBD

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