Christine Boutin était hier, vendredi 4 juin, l’invitée de l’émission Parlons Net, sur France Info. Parmi les sujets abordés – la Coupe du monde de foot, Israël et Gaza, Marine Le Pen, le Défenseur des droits… –, nous n’en retiendrons qu’un, sa « longue histoire d’amour vache » (dixit David Abiker) avec les homosexuels. Pour lancer le sujet, vers la 34e minute, David Abiker évoque le livre Les homosexuels font-ils encore peur?, cosigné par la présidente du Parti chrétien-démocrate. Reconnaissant ne pas l’avoir lu, il s’appuie sur le décryptage de Yagg: « Vous venez de sortir un bouquin, qui s’appelle de façon très tonitruante Faut-il avoir peur des homosexuels? (sic), vous le faites avec deux personnes très concernées par la question, Henry Chapier et Franck Chaumont, (…) on n’a pas eu le temps de le lire, mais un site gay qui s’appelle Yagg l’a lu et vous reproche grosso modo d’être pas complètement sincère dans cette façon de vous adresser à la communauté gay parce que votre parcours politique montre que vous n’avez pas enfourché la cause homosexuelle comme ils l’auraient souhaité ». Passons sur le raccourci pour en venir à la réaction de Christine Boutin: « Écoutez, vous avez tellement bien formulé votre question que je n’ai plus rien à dire ».

« UNE RELATION PASSIONNELLE »
David Abiker insiste: qu’est-ce qui a donné envie à Christine Boutin de participer à ce livre? Qu’a-t-elle voulu mettre au point, rectifier? « J’ai accepté parce que j’ai pensé que c’était une belle occasion d’essayer de mettre un terme à cette relation passionnelle qui existe entre certains homosexuels et Christine Boutin ». Elle est en effet convaincue que seule une minorité des homos sont en désaccord avec ses propos, des militants particulièrement virulents (elle le répète plusieurs fois au cours de l’émission). Retour sur le livre: « Je l’ai écrit de façon sincère. Cela dit, je pensais que les choses étaient un peu pacifiées, et en fait elles ne le sont pas totalement ».

Évoquant le zap d’Act Up et des Panthères roses lors de l’intervention de Christine Boutin à une soirée-débat de la fondation Terra Nova, David Abiker lui donne l’occasion de « faire des mises au point » sur les « malentendus » (oui, il a l’air de lui servir la soupe, mais c’est une méthode d’interview): « Je crois sincèrement qu’une certaine partie de la communauté homosexuelle est militante, et comme tout militant a un besoin d’absolu qui va même jusqu’à la caricature. Et à partir de ce positionnement-là, dès 1999, au moment des lois sur le pacs, c’est cette minorité-là qui était très active et qui a du reste réussi son affaire puisque – même si elle considère, et elle a raison, qu’elle n’a pas complètement réussi – elle a réussi à faire voter un statut particulier pour les personnes homosexuelles ». Aucun des journalistes présents autour de la table ne rectifie: le pacs est ouvert à tous les couples, homosexuels et hétérosexuels. Plus tard dans la conversation, Germain Treille, du service politique de France Info, y reviendra, donnant l’occasion à Christine Boutin de se lamenter sur le mariage qui se casse la figure.

PEUR D’ÊTRE POURSUIVIE POUR HOMOPHOBIE
Parce que sur Yagg on aime bien aussi saluer les efforts, reconnaissons-lui un bon point: si elle parle de communauté homosexuelle, elle parle aussi de communauté hétérosexuelle. Et puis elle a un peu peur aussi, d’être poursuivie pour homophobie, elle a fait relire par un avocat les pages du livre où elle s’exprime. « Parce qu’on en est là, maintenant, et ça, ça pose une question de fond par rapport aux libertés », précise-t-elle. Alors, solidaire de Christian Vanneste, Christine Boutin? « Je pense qu’il cherche les ennuis. (…) En tout cas, moi, je n’ai jamais dit ce qu’a dit Vanneste. (…) Mais il faut quand même se rendre compte que cette minorité empêche la liberté d’expression. »

Notons un moment assez comique – involontairement, bien sûr – de l’émission, à la 43e minute: Philippe Cohen, de Marianne2.fr, dit s’être « procuré une critique par une certaine Audrey Banegas », sans réaliser qu’il s’agit du même article de Yagg que celui sur lequel s’appuyait David Abiker quelques minutes auparavant. Et (oui, je me moque), il se l’est procuré comment? En appuyant sur le bouton « imprimer » de son ordinateur? Bel effort de modernité, pour un journaliste d’un site internet.

Pour résumer, Christine Boutin a beau insister et répéter qu’elle n’a « rien contre les personnes homosexuelles » (d’ailleurs elle a des amis homosexuels), puisque, pour la faire courte, Dieu nous aime tous donc elle aussi, elle reste convaincue que donner un statut au couple homosexuel serait mal parce que le mariage civil (pour lequel elle montre un certain dédain) n’a fait que conforter ce qui existait avant la Révolution: « L’État s’est donné le droit d’intervenir, par la création de ce mariage, de cet engagement d’un homme et d’une femme devant la société, parce que cet engagement d’un homme et d’une femme assurait, dans la très grande majorité des cas, la pérennité de l’État, par la naissance des enfants ». Faut-il le répéter? Des couples hétérosexuels mariés, volontairement ou non, n’ont pas d’enfants. Mais ça, Christine Boutin n’a rien à en dire.

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