Sida Info Service (SIS) vient de publier une analyse des appels émanant d’hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH). En comparaison des autres appelants, les appels des HSH proviennent plus souvent de la région parisienne, et les HSH posent beaucoup plus souvent des questions sur les risques de transmission et sur le dépistage. Les aspects psychologiques sont également très présents. Les pratiques de réduction des risques de transmission du VIH en l’absence d’utilisation du préservatif sont encore peu abordées dans les entretiens sur SIS. Elles n’ont été évoquées que lors de 150 appels d’un HSH.

Hervé Baudoin, coordinateur thématique Actions Gays à Sida Info Service, analyse pour Yagg les principaux enseignements de cette enquête.

La fellation reste toujours un fort motif d’appel. Comment expliquez-vous que les gays se posent toujours beaucoup de questions à ce sujet? Il est intéressant de constater que la question des risques sexuels liés à la fellation est LA question concernant la thématique des risques de transmission sur le dispositif Sida Info Service. C’est aussi une pratique sexuelle quasiment systématique chez les gays.  Sur le net, l’internaute qui cherche de l’info trouve tout et son contraire sur le sujet. Les réponses ne sont jamais simples. Répondre à une question sur la fellation demande de détailler cette réponse en fonction de la situation de la personne qui nous sollicite. Ajoutez que l’on touche là au dernier tabou avant le « tout capote », attitude souvent inentendable: la fellation resterait donc le dernier bastion fortifié, sorte de no man’s land! Alors quand vous ajoutez le contexte de la primo infection chez les personnes non dépistées où le risque de transmission est beaucoup plus élevé et les IST, ca ne simplifie pas les choses…

Beaucoup de gays séropositifs s’interrogent sur les risques en cas de charge virale indétectable. C’est récent? C’est plutôt récent, surtout suite à la déclaration suisse du Pr Hirschel en 2008, puis à l’avis du Conseil national du sida en France [en avril 2009]. Le nombre de questions sur le sujet progresse même s’il reste moindre que la question concernant la fellation! Précisons aussi que cette question est aussi posée par les gays séronégatifs cherchant à élargir leurs outils de prévention. Pour certains gays qui nous sollicitent et selon leur parcours sexuel, la question de la charge virale indétectable est tantôt mal maitrisée avec le raccourci « Je suis indétectable donc je ne suis pas ou plus contaminant » – cela nous est d’ailleurs souvent rapporté par les partenaires séronégatifs dans le cadre d’un échange internet qu’ils ont eu avec une personne séropositive –, tantôt complexifiée par les risques liés aux IST ou à la sur contamination.

Les pratiques de réduction des risques sont peu abordées, 150 appels sur près de 8000 appels en 2009, alors que c’est une problématique qui fait l’objet de nombreux débats et de nombreux travaux. Comment expliquez-vous que les HSH en parlent si peu sur la ligne? On note clairement un écart entre le discours médiatique autours sur la réduction des risques sexuels (RDRS) et son évocation par les HSH. Ce sont essentiellement les gays séropositifs qui l’évoquent sur nos dispositifs. Pour les autres, le sujet est-il perçu comme subversif, indicible? On pourrait penser aussi qu’il y a encore un fossé entre le discours autour de la RDRS et la fréquence de la mise en pratiques de ces « outils de prévention ».

Les HSH évoquent fréquemment dans leurs appels l’homophobie, la sérophobie ou le rejet. Comment vous réagissez à ces témoignages parfois poignants? Le plus simple pour y réagir c’est de faire savoir que notre association, quel que soit son dispositif d’aide à distance, est là pour prendre en compte l’ensemble des discriminations dont peut être victime chaque personne. Nous jouons pleinement notre rôle dans une écoute sans jugement, empatique, anonyme. Nous sommes tout simplement présents quand la personne en a besoin et notamment lorsqu’elle se trouve en situation d’isolement par rapport à son entourage, au travail etc. C’est plus compliqué avec les questions par mail (de plus en plus nombreuses) où l’écrit demande, paradoxalement,  plus de réflexion. On n’a pas dans ce cas l’interactivité de l’échange au téléphone. Nous témoignons par les études que nous diffusons  telles « Discriminations« , »Lipodystrophies » et « Vieillir avec le VIH« .  Nous gérons de l’humain, nous ne sommes pas des robots, et certains témoignages nous touchent beaucoup. La pratique professionnelle de nos équipes comprend aussi des temps de « régulation » où les écoutant-e-s peuvent échanger entre eux/elles leurs vécus face aux sollicitations reçues.

Envie de plus d’infos Yagg? Inscrivez-vous gratuitement à la newsletter.

Affichez votre poster et faites votre pub sur le mur de Yagg!