Bartholomé Girard, président de SOS homophobie, met pourtant en garde contre cette "forme de banalisation de l'insulte". "Certains disent "pédé" sans forcément penser à la dimension homophobe. Le propos est, dans leur esprit, l'équivalent de "con", "naze" etc. Or, le terme "pédé" n'est pas innocent. Des personnes se font insulter, harceler, frapper, tabasser voire tuer en entendant le terme "pédé". Imaginez le scandale si certains disaient "c'est vraiment négro" ou "c'est vraiment juif". On ne discuterait pas de savoir si c'est du racisme ou de l'antisémitisme."

Sans compter, dit-il, les messages qui véhiculent "tous les clichés éculés concernant les gays: faible, efféminé, peureux".

"L'homophobie consiste à disqualifier l'homosexualité, explique Louis-Georges Tin, président du comité Idaho et fondateur de la Journée mondiale de lutte contre l'homophobie et la transphobie. Il est vrai que le mot "pédé" ne désigne pas forcément l'homosexualité elle-même, mais si le terme peut être utilisé dans n'importe quel contexte négatif, c'est que l'homosexualité est devenu le signifiant négatif universel par excellence. C'est donc le signe d'une homophobie sociale généralisée.

Pour lui, l'argument du second degré ne tient pas: "Il y a une forme de schizophrénie sociale à continuer de penser qu'on n'est pas homophobe alors que les mots qu'on utilise le sont".

Pas étonnant du reste que ce genre de propos apparaisse sur Twitter: le statut des paroles y est très flou, à la lisière du public et du privé. Certains y chroniquent leurs moindres faits et gestes, tout ce qui leur passe par la tête. Résultat, des pensées ou des "boutades" privées se retrouvent publiées. Même celles que d'habitude, on évite en public.

Cet épisode rappelle une polémique récente aux États-Unis. Dans les cours d'école, "That is so gay" était devenu l'expression favorite des ados pour désigner quelque chose de ringard, nul, stupide…

À tel point que le Gay, Lesbian and Straight Education Network (GLSEN), réseau de lutte contre l'homophobie à l'école, a concocté une série de pubs où des actrices célèbres (Hilary Duff, Wanda Sykes) expliquent à des jeunes qu'ils feraient mieux de penser à la portée de leurs paroles…

Si vous ne pouvez pas voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur That's so gay- Hilary Duff and Wanda Sykes

Qu'on aime ou pas ces vidéos au ton plutôt moralisateur, elles ont tout de même permis une prise de conscience. Le site de la campagne, thinkb4youspeak.com, continue d'avertir sur la portée parfois ravageuse des mots. Chaque jour, il recense le nombre de "fag" (pédés), "dyke" ("gouine") ou ("so gay") sur Twitter: jeudi en fin de matinée, il comptabilisait 1280 "fags", 249 "dyke" et 553 "so gay".

Mathieu Magnaudeix

Mediapart partenariat

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