Ciné | 28.05.2010 - 13 h 33 | 0 COMMENTAIRES
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« Too Much Pussy! Feminists Sluts, a queer X show »: Interview croisée d’Emilie Jouvet et Wendy Delorme

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Attention, coup de cœur! À quelques jours de la première parisienne du 2e long-métrage d'Emilie Jouvet, la réalisatrice et sa coproductrice Wendy Delorme répondent à Yagg.

Feminist-sluts-coverAttention, coup de cœur! J'avais mis un siècle à voir One Night Stand, le premier porno lesbien français, réalisé par Emilie Jouvet, parce que le porno, ce n'est pas mon truc (j'assume, je ne dis pas que le porno c'est mal, juste que je m'ennuie), et j'avais bien aimé, mais sans plus. Le travail photographique d'Emilie Jouvet me touche en revanche beaucoup, son discours m'intéresse aussi vraiment, et j'avais donc vraiment hâte de voir Too Much Pussy! Feminists Sluts, a queer X show, film documentaire sur la tournée du Queer X Show, dont Emilie parlait sur Yagg en juillet dernier, avec Judy Minx, Wendy Delorme, Mad Kate, Madison Young, Sadie Lune, DJ Metzgerei (bande-annonce). Pour la faire courte, j'ai adoré.

À quelques jours de la première parisienne, qui aura lieu le 2 juin au cinéma l'Archipel, en présence de l'équipe du film, Emilie Jouvet et Wendy Delorme, actrice et coproductrice du film, se sont prêtées au jeu de l'interview croisée.

D'où est venue l'idée du road-movie?
Emilie
: J'aime, j'adore cette idée du road-movie. Le road-movie, c'est fuir le quotidien, la routine et les règles, et partir en quête de découvertes. Découverte des autres, mais aussi de soi. Sur la route, demain est un autre jour, tous les jours. C'est très excitant. Les journées sont sublimes ou dures, les horaires du jour et de la nuit sont explosés, la rencontre avec les événements nous transforme, et les dénouements espérés sont incertains.

Wendy
: Le road-movie était une idée en latence dans notre cercles d'amies, et qu'on a décidé de réaliser ensemble. Durant l'été 2008, Emilie était en tournage à Berlin pendant que j'y étais en tournée, entre l'orga du tournage et les spectacles de rue d'un festival et les soirées lesbiennes, c'était une semaine effervescente. On s'est dit qu'il fallait faire la même chose à plus grande échelle. Finalement, ce sont les aventures de sept filles à travers cinq pays européens, durant l'été 2009. L'idée était de montrer des femmes voyageant, créant et travaillant ensemble dans l'autoproduction, sans censure, avec toute la liberté mais aussi l'acharnement que ça suppose. Et la dimension internationale d'un réseau de femmes indépendantes et créatives, inspirées du féminisme sex positif d'Annie Sprinkle, Carol Queen, et consœurs. D'où l'idée du voyage et de la tournée avec des filles de différents pays.

the-van

Comment filme-t-on un spectacle comme celui-ci? Est-ce que le film n'est pas réducteur?
Wendy
: Là, c'est à Emilie de répondre, la caméra c'est son métier. J'ai appris une chose pendant la tournée à ce sujet: la lumière sur scène pour un show et la lumière pour les besoins de la caméra sont très différentes et c'était parfois très difficile pour Emilie de filmer les shows. Évidemment il n'y a pas tous les spectacles de la tournée dans le film, juste des extraits.

Emilie
: Habituellement, quand on tourne un film documentaire, tout est très scénarisé: on étudie pendant des mois les réactions des personnages, on fait des repérages de lieux, de lumière, bien à l'avance. Là, c'était impossible! Je ne savais pas si les filles allaient s'entendre, si le public allait être présent, si les shows seraient bons, si elles allaient ou pas faire des rencontres… En tant que réal, filmer dans ces conditions incertaines, c'était un challenge! Il fallait sans cesse s'adapter, trouver des solutions, gérer les aléas techniques et humains. Pour filmer les shows en multicaméra, j'avais mis en place à distance, par mail, des équipes de camerawomen qui m'attendaient dans certaines villes. J'avais à peine le temps de faire leur connaissance, les placer, leur donner quelques directives, et hop le show commençait. Parfois nous étions cinq, parfois deux, mais la plupart du temps j'étais seule avec mes deux caméras, plus l'appareil photo!

J'ai dû couper beaucoup de scènes délirantes du spectacle (je garde toutes ces scènes inédites de côté, j'en ferai sûrement quelque chose plus tard), mais je trouve que le film rend bien l'ambiance de liberté sexuelle et l'énergie grrrl power de la tournée. J'ai essayé de faire un film où les frontières du vrai et de la mise en scène se troublent sans cesse. L'important pour le film, ce n'était pas seulement le show, mais tout ce qui se passe autour: les discussions sur le féminisme et la sexualité, la beauté des paysages et des éléments, l'amitié entre ces femmes qui se construit au jour le jour, le désir aussi… Au montage, j'ai beaucoup travaillé la composition et la profondeur du film, dans une alternance complexe entre les interviews, la théorie, les shows, le sexe, le voyage…

Judy Sadie Kate Madison

Qu'est-ce qui est scénarisé, qu'est-ce qui ne l'est pas?
Emilie
: C'est un secret! La plupart du temps c'est du real life, mais je tenais très fort à organiser des activités en dehors des shows, un peu comme une animatrice de colo! J'ai essayé dans un temps très court, un mois, de les mettre souvent en situation de jeux, d'aventure, afin qu'elles révèlent leur personnalité, dans l'optique de construire une structure narrative qui suive ce que j'avais en tête. Et ce que j'avais en tête, c'était de suivre le réel, mais de manière libre et créative, en l'hypertrophiant, en l'intensifiant, en le rendant un peu fou parfois.

Wendy
: Emilie a eu l'idée (brillante, ce sont de supers moments du film) de scénariser quelques moments un peu loufoques, de semi-fiction. Par exemple, quand les performeuses de la tournée "kidnappent" Mister Mister déguisé en flic devant le club chez Régine à Paris et l'"obligent" à participer au show… Ces moments de fiction sont de jolis instants dans le film. Des respirations, des scènes drôles en clin d'œil au spectateur… Sur scène on déroule nos tripes et se met littéralement à nu, devant la caméra on est à vif, hurlantes, hilares, en larmes ou hystériques… Il y a un jeu permanent entre la réalité et la fiction. Le film montre qu'il y a de la vérité dans les personnages de scène et une part de jeu ludique dans le quotidien.

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Cofondatrice et rédactrice en chef de Yagg.
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