Les réactions internationales à la condamnation de Steven Monjeza et Tiwonge Chimbalanga à 14 ans de prison et de travaux forcés pour avoir violé « l’ordre naturel » en se mariant se poursuivent, avec les déclarations de Navi Pillay pour les Nations Unies et de Catherine Ashton pour l’Union européenne.

L’ONU ET L’UE PRÉOCCUPÉES
Pour Navi Pillay, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, cette condamnation constitue une « discrimination flagrante » et doit être annulée. Navi Pillay, qui demande que les codes pénaux criminalisant l’homosexualité soient amendés dans les pays où ils existent toujours, « a également noté une dégradation marquée dans l’attitude du gouvernement et du public au Malawi, non seulement contre les personnes soupçonnées d’être homosexuelles mais aussi contre les organisations militantes, y compris celles qui font un travail essentiel pour atténuer l’impact du VIH/sida », a indiqué Marie Okabe, porte-parole adjointe du Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, lors du point presse du 21 mai. « Le Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/sida (Onusida) a ajouté que la criminalisation d’individus sur la base de leur orientation sexuelle menace les acquis de la santé publique dans la réponse au VIH/sida, a-t-elle précisé. La criminalisation pousse les homosexuels à rester dans l’anonymat et compromet les programmes visant à répondre à leurs besoins en matière de VIH/sida ».

De son côté, l’Union européenne, par la voix de Catherine Ashton, Haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, a exprimé « son inquiétude au sujet de l’homophobie et de la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle au Malawi » et rappelé que « le principe de non-discrimination est inscrit dans le Pacte international relatif aux droits civils et politiques auquel le gouvernement du Malawi est partie depuis 1993 ». « L’UE invite le gouvernement du Malawi à respecter les obligations qui lui incombent en vertu du droit international relatif aux droits de l’homme et à montrer qu’il est déterminé à promouvoir et protéger les droits de l’homme de toutes les personnes quelle que soit leur orientation sexuelle, notamment en révisant sa législation nationale, afin de dépénaliser l’homosexualité et d’interdire toute forme de discrimination, la faisant concorder ainsi avec les engagements qu’il a pris au niveau international, » a ajouté la chef de la diplomatie de l’Union européenne, qui souligne que les mesures prises à l’encontre de Tiwonge Chimbalanga et de Steven Monjeza « sont contraires aux obligations en matière de droits de l’homme ».

LES MÉDIAS LGBT ONT-ILS INVISIBILISÉ LA TRANSIDENTITÉ DE TIWONGE?
Notons par ailleurs qu’une polémique commence à agiter la communauté LGBT. La presse LGBT (dont Yagg), de même que les médias généralistes et les institutions, parlent en effet depuis le début de cette affaire d’un couple gay, alors que Tiwonge se considère comme femme. Le site du Guardian publie, à cet égard, une très bonne tribune et l’association sud-africaine Gender DynamiX a émis un communiqué précisant que si Tiwonge connaissait le terme « transgenre », elle se l’appliquerait. L’Afrique du Sud est le seul État africain à reconnaître les droits des minorités sexuelles.

Comme l’explique Jim Burroway sur Box Turtle Bulletin, pour les LGBT occidentaux, Tiwonge est très probablement trans’, mais pour Tiwonge, la question se pose certainement en des termes différents. Un commentateur sous le post de Jim Burroway remarque d’aileurs que Peter Tatchell et l’Ilga, qui ont été en contact quasi permanent avec Tiwonge et Steven n’ont jamais fait référence au fait que Tiwonge s’identifierait comme trans’. Le département d’État américain, en revanche, a pris soin de parler de la criminalisation de « l’orientation et l’identité sexuelles », comme nous l’écrivions vendredi.

Peut-être les médias LGBT sont-ils trop gay-centrés, peut-être aussi sommes-nous tout simplement en train d’appliquer une vision occidentale à une culture différente? « Même si les identités de Tiwonge et Steven sont mal comprises par le monde, nous unissons nos forces à celles des militant-e-s gays et lesbiennes dans leur lutte pour obtenir justice pour notre sœur trans’ et son partenaire », conclut Tebogo Nkoana, de Gender DynamiX. Et effectivement, quelle que soit la façon dont Tiwonge se considère, la condamnation du couple, qu’il soit gay ou non, est injuste et discriminatoire, et c’est contre elle qu’il faut se mobiliser.

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