Alors que les Québécois s’enflamment pour leur équipe de hockey qui se rapproche de la finale de la prestigieuse Coupe Stanley, la Fondation Émergence a dévoilé un sondage sur la perception que se font les Canadiens de l’homosexualité dans le sport, à l’occasion de la Journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie du 17 mai dernier. Décryptage des résultats.

« UNE DISCRIMINATION SYSTÉMIQUE »
« Le monde du sport demeure un milieu où la question de l’homosexualité reste au placard. C’est une discrimination systémique: le système y est plus puissant que l’individu. Même une personne ouverte à cette question comprend que la règle du milieu est celle du silence. Ce n’est pas un milieu qui a des manifestations particulièrement homophobes mais qui demeure silencieux face à ce sujet. »

C’est par ces mots que Laurent McCutcheon, le président de la Fondation Émergence, a débuté le 14 mai dernier, la conférence de presse inaugurant quatre jours de sensibilisation à l’homophobie. La Fondation, dédiée au bien-être et à l’égalité des personnes LGBT, a lancé cette année la campagne intitulée « Parler du silence » sur l’homophobie dans le monde du sport. Une campagne visant à dénoncer cette loi du silence en vigueur, ressentie également par la population, comme le prouve le sondage Léger Marketing commandé pour l’occasion.

Car les trois quarts des Canadiens (73 %) estiment que la question de l’homosexualité est gardée sous silence dans le milieu sportif, et près de deux répondants sur trois (68%) pensent qu’il en est de même dans les médias sportifs. Cette opinion publique se vérifie malheureusement dans les faits: la Fondation a invité les associations et fédérations sportives canadiennes à soutenir la déclaration contre toute forme de discrimination dans le monde du sport, signée par deux ministres québécoises. Résultat: seules trois y ont répondu.

OUVERTURE D’ESPRIT, MAIS…
Le reste du sondage apporte un éclairage intéressant sur l’opinion du public. Ainsi, pour 70% des Canadiens la connaissance de l’orientation sexuelle d’un athlète n’a aucun impact sur l’appréciation de celui-ci, le chiffre grimpe même à 77% dans la région des Maritimes. Mais attention: cette ouverture d’esprit admet tout de même un bémol.

Si les Canadiens se disent prêts à accepter l’homosexualité affichée de ses athlètes, près des deux tiers (67%) estiment que la population est plus encline à accepter l’homosexualité féminine que masculine. D’ailleurs, trois quarts des répondants (75%) sont d’avis que les lesbiennes ont autant de chances de réussir leur carrière sportive que les hétérosexuelles. À la même question, côté athlètes masculins, le chiffre tombe à 60%.

DES AFFICHES RETIRÉES
Les propos des deux journalistes québécois suggérant que le patineur Johnny Weir passe un test de masculinité est symptomatique de cette idée persistante qui veut que les gays répondraient moins bien que les lesbiennes à la charte de virilité qui régit pernicieusement le monde du sport. D’ailleurs, le journal Le Soleil a révélé que la direction de l’entreprise québécoise Vidéotron a retiré des panneaux d’affichage syndicaux le visuel où deux hockeyeurs sont sur le point de s’embrasser (ci-contre), suite à des plaintes d’employés. Un acte qui prouve que s’attaquer à la virilité du sport déchaîne toujours les passions.

Autre révélation du sondage: près de la moitié des Canadiens (49%) pensent que les gays ont plus de chances de réussir dans les sports individuels, alors que seuls 37% pensent la même chose pour les lesbiennes. Donc le patinage ou le tennis pour les gays, et le football et le rugby pour les lesbiennes? Des idées reçues d’autant plus étonnantes quand on sait que ce sont surtout les athlètes féminines en sport individuel qui ont révélé leur homosexualité comme Martina Navratilova, Amélie Mauresmo ou la patineuse de vitesse Ireen Wüst.

Malgré ces résultats en demi-teintes, un petit espoir réside tout de même dans l’évolution des mentalités notamment en ce qui concerne le hockey, sport national par excellence. En 2003, seulement 29% des Québécois pensaient que l’homosexualité d’un hockeyeur serait plutôt bien acceptée par le reste de son équipe tandis qu’aujourd’hui, ce chiffre monte à 42%. Alors, à quand des joueurs de hockey ouvertement gays, fiers de porter triomphalement la Coupe Stanley?

Fabien Philippe

Envie de plus d’infos Yagg? Inscrivez-vous gratuitement à la newsletter.

Affichez votre poster et faites votre pub sur le mur de Yagg!