Nikolai Alekseev n’est pas d’un naturel optimiste. Obstiné, certes, convaincu que les choses peuvent bouger, mais pas optimiste. C’est pourquoi le message qu’il a envoyé hier soir se réjouissant de la façon dont s’était déroulée la cérémonie d’ouverture de la Slavic Pride, à Minsk, donnait bon espoir.

UNE ALERTE À LA BOMBE
Prévue à 20h, la projection du film canadien Beyond Gay – Marcher pour la liberté n’a finalement pu débuter qu’à 21h, mais elle a bien eu lieu, malgré une alerte à la bombe vers 21h40. Le lieu, que les organisateurs voulaient garder secret le plus longtemps possible, avait été annoncé par Radio Liberty Belarus, et une grosse trentaine de manifestants anti-gays (photo) ont tenté de perturber la cérémonie. L’hôtel Crowne Plaza, qui accueillait l’événement, n’a pas cédé, et la police a fait évacuer les manifestants. Les participants ont dû patienter à l’extérieur mais n’ont pas baissé les bras.

Les choses s’annoncent plus compliquées pour le défilé prévu aujourd’hui. À l’heure où nous écrivons ces lignes, la manifestation, maintenue malgré l’interdiction des autorités de Minsk, a dû être reportée. Les participants devraient être moins de 40. Les organisateurs réfléchissent en ce moment même aux différentes options, comme ils l’expliquent sur le blog publié sur UK Gay News.

L’ambassade de France à Minsk appelle les ressortissants français à ne pas se joindre au défilé puisqu’il a été interdit. Et alors qu’en septembre dernier, plusieurs ambassades avaient participé à la Conférence LGBT à Minsk, aucune ne sera représentée lors de la marche.

L’INTERDICTION DE LA MARCHE ÉVOQUÉE PAR LES DÉPUTÉS FRANÇAIS
Sur ce même blog on apprend que le Comité Idaho a été averti que la question de l’interdiction de la marche a été soulevée par les députés français auprès de leurs homologues biélorusses en visite en France. Ceux-ci auraient affirmé que la marche avait été interdite pour la sécurité des participants mais que les événements prévus dans des lieux privés ne posaient pas problème.

Si l’on en croit le compte-rendu des participants à la Slavic Pride (et il n’y a aucune raison de ne pas les croire), les médias étaient assez nombreux à la conférence de presse et au départ avorté de la marche ce matin. Pour l’instant, si l’on excepte les médias LGBT, seuls l’AFPThe Guardian (qui a publié une tribune de Nikolai Alekseev) et l’agence de presse biélorusse BelaPAN, qui a relayé un message de soutien d’Amnesty International, ont évoqué la Slavic Pride. Ils étaient bien plus nombreux – et l’on s’en réjouit – à s’inquiéter de la Baltic Pride la semaine dernière. Minsk se trouve à 169km au sud de Vilnius.

[mise à jour, 14h39] Le défilé de la gay pride de Minsk a eu lieu: pendant 10 minutes, une quarantaine de militants biélorusses et russes ont agité un drapeau arc-en-ciel, sur environ 200 mètres. Au premier croisement, ils ont été bloqués par des cars de police, desquels ont surgi des policiers anti-émeutes. « Je n’avais jamais rien vu de tel », a raconté Nikolai Alekseev. La plupart des manifestants ont été frappés et arrêtés.

[mise à jour, 15h] Cinq à dix manifestants, dont Alexander Sheremet, l’un des organisateurs, seraient toujours détenus par la police. « Nous sommes outrés de voir une telle violence policière contre une manifestation pacifique et ne pouvons qu’admirer le courage de ces 40 héros, qui ont participé à la marche aujourd’hui malgré les risques, » a déclaré Louis-Georges Tin, président du Comité Idaho, dans un message de soutien envoyé aux organisateurs.

[mise à jour, 16h10] Nikolai Alekseev vient de nous envoyer trois photos de la marche:

Slavic Pride Minsk 2010 flag © Kirill Nepomnyaschiy/GayRussia

Slavic Pride Minsk 2010 flag © Kirill Nepomnyaschiy/GayRussia

Slavic Pride Minsk 2010 flag © Kirill Nepomnyaschiy/GayRussia

[mise à jour, 16h25] Aux dernières nouvelles, huit manifestants auraient été arrêtés, quatre pendant la marche et quatre (dont Sergey Androsenko, l’un des organisateurs) après, dans un café. Ils devraient rester en détention jusqu’à ce qu’elles puissent être présentées à la justice, donc pas avant lundi. Dix-huit skinheads auraient également été interpelés.

Une première vidéo des événements vient d’être publiée. La femme qui s’exprime à la fin est Maria Yefremenkova, qui organise la gay pride de St Pétersbourg.

[mise à jour, 21h10] Plusieurs personnes, dont Sergey Androsenko, ont été libérées par la police et doivent se présenter au tribunal lundi. Un diplomate du consulat de Russie s’est rendu au commissariat pour tenter d’obtenir la libération de deux Russes venus de St Pétersbourg, mais a finalement expliqué que dans la mesure où ils avaient été arrêtés pour avoir participé à une manifestation interdite, l’ambassade ne leur apportait aucune assistance.

Une nouvelle vidéo de la marche et des arrestations a été diffusée sur internet:
httpv://www.youtube.com/watch?v=uQWU3aWkPWQ

Si vous ne pouvez pas voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur Slavic Gay Pride у Мінску/Slavic Gay Pride in Minsk

[mise à jour, 22h40] La fête de la Slavic Pride semble se tenir normalement, tandis que la police patrouille à l’extérieur de la boite gay. Selon le blog tenu par les participants à la manifestation de Minsk, tout est calme.

Photos Kirill Nepomnyaschiy/GayRussia.ru

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