Le journal brésilien O Globo a rapporté les propos qu'a prononcés l'archevêque de Porto Alegre, Mgr Dadeus Grings, ce mardi 4 mai, premier jour de la 48e Assemblée générale de la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB), qui réunit plus de 300 évêques brésiliens, à Brasilia. L'archevêque Grings est connu pour ses positions conservatrices.

"La société actuelle est pédophile, c’est là que se trouve le problème. Alors les personnes tombent facilement dedans. Mais le fait de le dénoncer est un bon signal".

"BIENTÔT ON VA TROUVER QUE LES PÉDOPHILES ONT DES DROITS"
Mgr Grings a aussi critiqué la libéralisation de la sexualité qui "engendre des déviances de comportement" dont la pédophilie: "Quand la sexualité est banalisée, il est clair que cela touche tous les cas. Dont l'homosexualité. Avant on ne parlait pas d’homosexuels. Quand on commence à dire qu’ils ont des droits, le droit de s’exprimer publiquement, bientôt on va trouver que les pédophiles ont des droits".

L'archevêque s'est encore exprimé sur la psychologie des adolescents: "Nous savons que l'adolescent est spontanément homosexuel, ce qui fait que par la suite, s'il n'a pas eu une bonne orientation, cela se fixe".

Mgr Grings a cependant "condamné clairement" les abus sexuels commis par les prêtres contre des mineurs et affirmé qu’ils devaient être "punis" mais a reconnu la difficulté qu'éprouve l’Église à dénoncer ces cas à la police: "Il est un peu étrange que l’Église aille accuser ses propres fils".

LA SOCIÉTÉ, NOUVEAU BOUC ÉMISSAIRE DES FAUTES DE L'ÉGLISE
On retrouve l'argumentaire vaticanesque connu sur l'interprétation de l'homosexualité: un peu de freudisme non avéré (affirmer que les ados sont spontanément homosexuels est une affirmation pour le moins rapide qui est sans doute à rapporter à la prétendue phase homosexuelle "normale" de l'adolescence); la libéralisation de la sexualité sert de bouc émissaire; de plus, si l'archevêque n'affirme pas directement que la pédophilie est liée à l'homosexualité, il place les deux termes dans un contexte proche qui induit à l'assimilation et à la confusion. Tout est fait pour atténuer la responsabilité de l'Église dans les scandales des prêtres pédophiles qui secouent aussi le Brésil. L'archevêque a d'ailleurs aussi recouru à la statistique pour minimiser le rôle de l'Église: en Allemagne, a-t-il avancé, seulement 0,2% des cas de pédophilies sont le fait de prêtres catholiques…

C'est en somme la triste pratique de la désinformation et de la manipulation qui est à l'œuvre. Face aux faits avérés de pédophilie sacerdotale, l'archevêque se réfère à des données non avérées qu'il présente comme des certitudes: l'adolescent est spontanément homosexuel, les prêtres pédophiles sont une infime minorité en Allemagne. De plus, ces propos pourraient être ressentis comme insultants par les victimes: on peut en effet se demander pourquoi l'archevêque souligne la prétendue homosexualité de l'adolescent – serait-ce pour y attribuer une part de responsabilité? Et, pour les victimes, de savoir que leurs viols par des prêtres relèvent d'une minorité statistique, cela va-t-il les consoler?

Luc Lebelge

En partenariat avec Gay Kosmopol

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