Samedi 22 mai, à la veille de la clôture du Festival de Cannes 2010 et de son palmarès officiel, sera remise la Queer Palm, une première dans l’histoire du plus grand festival de cinéma du monde.

La Berlinale a ses Teddy Awards (créés en 1987, et qui ont révélé des cinéastes comme Pedro Almodóvar, Derek Jarman ou Gus Van Sant). Depuis 2007, le Festival de Venise a son Queer Lion. Et Cannes? Rien.

Une initiative « off festival », que l’on doit au journaliste Franck Finance-Madureira, que Yagg a rencontré:

Si vous n’arrivez pas à voir la vidéo, cliquez sur La Queer Palm au Festival de Cannes 2010.

La Queer Palm récompensera un film présenté à Cannes, toutes sélections confondues (Sélection officielle, Un Certain Regard, La Semaine de la Critique, La Quinzaine des réalisateurs), « pour sa contribution aux questions lesbiennes, gays, bi ou trans ».

UN JURY DE PROFESSIONNELS
Et qui dit prix dit jury. Il sera composé cette année de Benoît Arnulf (directeur artistique des Rencontres In & Out, Festival du Film Gay et Lesbien de Nice), Florence Ben Sadoun (directrice de la rédaction de Première), Romain Charbon (journaliste cinéma, Têtu, les Inrockuptibles), Mike Goodridge (directeur de la publication de Screen International), Xavier Leherpeur (journaliste cinéma, Studio Ciné Live), Ivan Mitifiot (coordinateur d’Écrans Mixtes, Rencontres de cinéma gay et lesbien de Lyon), Pascale Ourbih (présidente de Chéries-chéris, Festival de films gays, lesbiens, trans et +++ de Paris) et Brian Robinson (programmateur du Festival du film gay et lesbien de Londres).

Le film récompensé se verra offrir des campagnes promotionnelles et sera suivi de près par les médias partenaires de l’opération (Première, Studio Ciné Live et Yagg) lors de sa sortie en salles (ou en DVD). Plus d’infos sur le site de la Queer Palm.

DUCASTEL ET MARTINEAU PARRAINS DE LA PREMIÈRE ÉDITION
Enfin, la Queer Palm est parrainée par les cinéastes Olivier Ducastel et Jacques Martineau (Jeanne et le garçon formidable, Drôle de Félix, L’Arbre et la forêt…). Pour l’occasion, ils ont écrit un texte fondateur, à leur façon, intitulé « Teddy versus Palmette », que Yagg reproduit page suivante, en exclusivité:
« Teddy versus Palmette », par Olivier Ducastel et Jacques Martineau

Teddy: Dis-moi, Palmette, tu te réveilles bien tard.
Palmette: Alors là, tu te trompes complètement: je suis une vraie lève tôt. Debout à 7 heures tous les matins. Et pourtant je ne suis pas la première couchée, tu peux me croire.
Teddy: Bon, si tu es une noceuse, c’est un bon point pour toi. Mais je ne parlais pas de ça: le prix gay, toutes sélections confondues dans un grand festival international, c’est moi qui l’ai inventé. Et il y a belle lurette!
Palmette: Oui, oui, je sais. Et c’est bien parce que Cannes t’envie que nous avons décidé qu’il nous fallait à nous aussi un grand prix LGBT, la Queer Palm.
Teddy: Queer Palm! Queer Lion! Décidément, vous ne manquez pas d’imagination vous les gens du Sud!
Palmette: Je te sens très contrarié, mon cher Teddy, limite pas très fair-play dans cette histoire.
Teddy: Un peu, c’est vrai! Mais reconnais que vous avez pris le temps de la réflexion: 25 ans, c’est pas une paille quand même! Je vous avais pourtant montré la voie!
Palmette: Oui, bon, Cannes n’est pas Berlin. C’est comme ça. Écoute, toi tu seras le prix d’hiver et lionceau et moi, on se partagera l’été. Ça te va?

Teddy réfléchit un instant, se grattant la tête de sa grosse patte.

Teddy: D’accord! Je te laisse la plage, ses crustacés et le mistral dans les cheveux! Mais, permets-moi de te rappeler quelques principes: tu dois honorer un film lesbien, transgenre ou gay quelle que soit la sélection dans laquelle il a été présenté.
Palmette: Ça va de soi!
Teddy: Ton choix devra être tout autant artistique que politique. Subtil et difficile équilibre qui en fera la valeur.
Palmette: Politique? Mais nous parlons de Cinéma, d’Universel!
Teddy: Ne commence pas avec tes fadaises françaises! L’art est aussi et toujours un geste politique.
Palmette: Bon, sans doute. Tu m’en demandes beaucoup! On va se moquer de moi, me traiter comme une écervelée ou pire: une militante!
Teddy: Hi, hi, hi, hi!
Palmette: Ça te fait rire?
Teddy: Si t’as la trouille, laisse tomber!
Palmette: N’importe quoi! J’ai pas la trouille, je me pose des questions, c’est tout!
Teddy: Bon, bon! On verra à l’épreuve des faits!
Palmette: Oui, oh, ça va! On connaît ton histoire, on sait qui tu as honoré. Bravo! Très bien! Bravo!
Teddy: J’avoue que je ne suis pas peu fier. Tu sais que Pedro, c’est moi! Et Gus aussi! Et Derek! Et Todd! Et John! Et…
Palmette: Oh la la! Les souvenirs d’ancien combattant, ça va comme ça! Quel vieux schnock!
Teddy: Eh, la pitchoune, un peu de respect, s’il te plaît, ou je te t’écrase avec mon gros derrière et je te transforme en panier!
Palmette: C’est vrai que t’as un gros derrière !
Teddy: C’est parce que je suis un ours important. J’ai de l’assise, moi! Je suis inébranlable, incontournable et les puissants viennent me rendre hommage. Quand tu en seras là, nous en reparlerons.
Palmette: Je tente de faire mon trou et je fais confiance en l’avenir. Je voudrais pas te manquer de respect, mais laisse-moi respirer, veux-tu?
Teddy: Tu me manques de respect !
Palmette: C’est le privilège des cadets!
Teddy: Petite insolente! Remarque, j’aime bien ça l’insolence. De mon temps…
Palmette: Tu vas pas recommencer!