La yaggeuse TornBlueJeans raconte sur la communauté le concert-événement de k’s Choice, au Bataclan, le 28 avril dernier. Un texte émouvant que nous reproduisons ci-après.

« K’s Choice: I’m not an addict, It’s cool, I feel alive… », par TornBlueJeans

Lorsque Judith de Yagg m’a demandé d’écrire ce billet, je me disais que j’avais plein de choses à dire sur k’s Choice. Et puis en sortant du Bataclan hier soir, j’étais tentée de publier un billet totalement vide. Que voulez-vous écrire quand ce que vous avez vécu est au-delà des mots?

Je trouve assez miraculeux d’arriver à tenir mon stylo (j’ai écrit le brouillon de ce billet sur papier au retour du concert) – il y a à peine une demi-heure, je ne sentais plus mon corps, j’avançais machinalement, un peu hagarde, complètement sonnée. Une amie a bien résumé la situation: c’est comme si on redescendait d’un orgasme.

ORGASME MUSICAL
Alors voilà. Pour ceux qui ne croyaient pas encore à l’orgasme musical, voilà ce que ça donne.

On oublie son corps, la sueur, la fatigue, la faim, la soif, et tout notre être tend un peu plus – s’il est encore possible – à se fondre dans la musique. Pendant quelques heures, je suis redevenue tour à tour l’ado que j’étais à quinze ans (celle qui pousse des cris suraigus quand la chanteuse bouge un peu de son côté), l’amante (dont le ventre se tord quand Sarah chante ces chansons d’amour qui seules lui appartiennent), la musicienne (qui vibre au son de la basse, cet instrument qui résonne à l’intérieur – la bassiste en moi bataillait, respirait: qu’ai-je fait de mes guitares?), la jeune lesbienne (qui se reconnaît dans les textes de Sarah et qui revit avec son image, son corps tendu et musclé, sa gestuelle, ses premiers émois), la militante (qui vivait un vrai moment de bonheur, qui valait bien la peine que l’on se batte).

SARAH BETTENS IRRADIAIT DE BONHEUR
Sarah Bettens, on ne peut que l’aimer. Je ne vois pas comment on peut faire autrement. Elle avait l’air tellement heureuse d’être là, avec son groupe enfin reformé, à Paris, avec nous, que ça débordait d’elle. Elle irradiait de bonheur, un bonheur solide, presque palpable, qu’elle nous a fait partager sans compter pendant quelques heures.

Quand je la voyais là, bouger, jouer, exulter, je comprenais pourquoi je me battais, pourquoi j’allais de l’avant dans la vie. Pour ça. Pour l’exacte plénitude de cet instant-là, où je posais ma main sur mon ventre parce que mon estomac se nouait d’émotion. Sarah Bettens, de sa seule voix, a maintenu ma tête haute pendant ces atroces semaines qui ont suivi mon coming-out. Elle, qui mord dans la vie avec la force gourmande des enfants qui n’ont pas peur, m’enjoignait à faire pareil.

PRENDRE SA VIE EN MAIN
Je sors de ce concert avec des bonnes résolutions. Commencer un régime. Reprendre le sport. Ranger ma chambre, mes papiers, ma vie. Aller jusqu’au bout de mes projets. Faire 10 minutes de basse par jour. Et embrasser ma voisine puisque j’en meurs d’envie. Cette femme a pris sa vie en main et m’appelle à faire de même: « Regarde, tu coules, lève la tête, regarde comme la vie vaut d’être vécue, vaut qu’on se batte pour elle. N’abdique jamais ». N’abdique jamais. Je crois que c’est cela que voulait me dire son regard quand il s’est furtivement posé sur ma petite personne (j’étais au deuxième rang). Ce que je voudrais lui dire en retour déborde le merci. Il n’y a pas de mot assez lumineux, assez fort, assez beau, pour exprimer ce que je ressens.