29 avril 2010 12:28
Chat spécial mode avec Donald Potard: « Anna Wintour n’est pas la personne la plus sympathique du monde » (+ le making-of)
Publié par Xavier Héraud | Dans Chats,Tendances
God-wears-zara: Vous avez sans doute souvent rencontré Anna Wintour… Que pensez-vous d'elle? Une anecdote?
Donald Potard: J'ai en effet souvent rencontré Anna Wintour qui n'est pas la personne la plus sympathique du monde, même si c'est une grande professionnelle. Je déteste le fait qu'elle porte des lunettes de soleil pendant les défilés car les créateurs se donnent un mal de chien pour créer des nuances de couleur parfaites qui deviennent tamisées par le port de lunettes.
Et maintenant, l'anecdote. Jean Paul Gaultier était très énervé par le fait qu'Anna Wintour (et toutes celles qui veulent lui ressembler) ne portent que du Gucci ou du Prada (c'était il y a environ 10 ans). Pour se moquer d'elle, nous avions habillé toutes les placeuses du défilé en Anna Wintour habillée en faux Gucci, lunettes de soleil et perruque blonde. Ainsi les invités étaient accueillis par une armée de "pradettes" sosies de la doyenne des journalistes.
BOLITO: Je ne suis pas Marc Jacobs et j'ai envie de porter une jupe. Quel créateur me conseillerez-vous?
Donald Potard: Le nom qui vient spontanément est Jean Paul Gaultier, mais savez-vous que si Jean Paul a fait des kilts pour homme, c'est parce que je l'ai emmené en Écosse, la terre de mes ancêtres, lorsque nous avions 18 ans et qu'il a essayé des kilts et a trouvé ça formidable? Dans le monde, les trois quarts des hommes portent des jupes ou des robes qui peuvent s'appeler kilt, sarong ou djellaba. Le pantalon est encore très minoritaire. Vous avez donc le choix du modèle, sinon du créateur. Encore une fois, l'important est de ne pas faire "costume de théâtre". Mais pourquoi ne pas dessiner cette jupe vous-même?
O-scar: Où découvrez-vous les créateurs que vous soutenez?
Donald Potard: Il faut que vous sachiez que je travaille avec plus de 120 créateurs: des grandes stars comme Kenzo Takada ou Monsieur Paco Rabanne et de très jeunes créateurs qui sortent des écoles ou qui gagnent les différents concours ou festivals de mode. Mais je ne suis pas là pour soutenir les créateurs, je suis là pour travailler ou les faire travailler. En ce moment, j'essaie de travailler avec les écoles de mode en France, pour améliorer le niveau des étudiants de dernière année afin que nos écoles deviennent aussi indiscutables que celles de Londres ou d'Anvers.
alain demore: Bonjour Donald, pensez-vous qu'il soit possible aujourd'hui pour un-e jeune créateur-trice qui possède son propre label de survivre sans devoir faire appel à des contrats extérieurs? Plus simplement, les collections indépendantes ne sont-elles pas devenues des cartes de visite de luxe permettant de générer des interventions extérieures? Merci!
Donald Potard: Ce phénomène n'est pas nouveau. Jean Paul Gaultier a commencé sa carrière en vendant des croquis dans le Sentier puis en travaillant pour diverses marques pour financer sa propre maison. Et c'était il y a 30 ans. Si on n'a pas de love money ou un investisseur, faire des directions artistiques ici et là reste le moyen le plus simple pour financer sa propre maison.
Tom45: Pour vous, Saint Laurent est-il le meilleur couturier du XXe siècle?
Donald Potard: Yves Saint Laurent est un très grand couturier et ce qu'il a fait dans les années 70 est remarquable. Mais le XXe siècle a commencé en 1900 et il y a eu énormément de grands talents dans ce siècle. Ce qui m'intéresse moi, ce sont les talents du XXIe siècle.
Gregounet: Vous êtes-vous fait des ennemi-e-s après vos révélations sur "l'affaire Balenciaga"?
Donald Potard: Cher Gregounet, ce n'est pas moi qui ait commencé cette affaire mais les intéressés eux-mêmes en faisant des déclarations au Women's Wear Daily. Je n'ai fait que décrypter la partie occulte de cette histoire. Je ne sais pas si je me suis fait des ennemis mais j'ai reçu beaucoup de remerciements de la part des jeunes créateurs qui ont trouvé là une explication supplémentaire au manque d'intérêt d'une certaine presse pour leurs créations. En effet, si une rédactrice se fait rémunérer par une maison pour créer des looks qui passeront dans les défilés, il est évident qu'elle réutilisera ces mêmes looks pour son propre magazine. Et cela, au détriment des créateurs qui n'ont pas utilisé ses services.
Kévin G: Cher Donald, la mode doit-elle être forcément chère?
Donald Potard: Cher Kévin, la réponse est non, à moins qu'on veuille frimer en portant ses vêtements à l'envers pour faire voir ses marques. Personnellement, je trouve beaucoup de choses très portables chez Uniqlo. On doit s'habiller selon ses moyens. Aujourd'hui, nous avons la chance d'avoir énormément de possibles et on peut mixer des jeans avec une paire de John Lobb. Il faut avoir un peu d'imagination et de fantaisie et cela remplace aisément l'argent. La seule raison pour laquelle on devrait dépenser de l'argent, c'est sur la qualité, avec laquelle on ne peut pas tricher. Comme me le disait jadis Jean-Louis Dumas: "Un produit Hermès n'est pas cher, il est coûteux".
prof+: Quel impact la crise – ou plutôt les crises – ont-elles sur la mode ?
Donald Potard: Il est évident que 2009 a été une très mauvaise année pour la mode en général. Cependant, les produits de luxe ont mieux résisté et les commerciaux et les agents dans les showrooms ont été très contents de ce début d'année 2010. Espérons que la crise soit en U et pas en W. Car de nombreuses maisons ne s'en remettraient pas.
Chris: Bonjour Donald. Selon vous, le milieu de la mode reste-t-il suffisamment mobilisé contre le sida? Merci de votre réponse et bravo pour le blog!
Donald Potard: La mode a été frappée de plein fouet par la vague du sida et de nombreux créateurs et de gens qui travaillent dans la mode ont disparu dès le début de l'épidémie. Il était normal qu'elle soit plus sensibilisée que d'autres métiers et c'est pourquoi, dès le début d'Arcat sida, puis de Sidaction, elle s'est mobilisée très généreusement. Elle continue à le faire chaque année, chaque maison individuellement par les braderies de Aides ou les grands dîners du Sidaction. On peut dire en cela qu'elle montre l'exemple et je suis très fier d'appartenir à cette famille de la mode ne serait-ce que pour cette raison.
moderateur: Le chat est maintenant terminé. Nous n'avons pas pu passer toutes les questions, désolé à celles et ceux qui les ont posées… Le mot de la fin pour Donald Potard:
Donald Potard: Vos questions étaient très intéressantes et très diverses. J'aurais aimé répondre à toutes et à tous mais ce n'est pas possible. Merci de vos encouragements et pour être toujours plus nombreux à lire Uncross your legs, please!. À tout bientôt.
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Tous les commentaires: 2
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ethan | Publié 29 avril 2010 à 13h48
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Eric | Publié 29 avril 2010 à 22h52
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