Hier, mercredi 28 avril, Yagg organisait un chat avec Donald Potard, ancien PDG du groupe Jean Paul Gaultier, aujourd’hui à la tête d’Agent de luxe (la première agence artistique pour les créateurs de mode et de design), et auteur du blog invité Uncross your legs, please!.

Voici l’intégralité des échanges ainsi que le making-of (ci-dessus et ici).

Modérateur: Bonjour. Le chat va commencer dans cinq minutes et vous pouvez poser vos questions. Elles seront mises en attente de validation et envoyées au fur à mesure à Donald Potard.

Donald Potard: Bonjour, c’est le moment de décroiser les jambes en direct!

Bob: Pourquoi avoir quitté la maison Gaultier? Gardez-vous de bonnes relations avec Jean Paul?

Donald Potard: Bonjour Bob. J’étais arrivé au bout d’un système et je ne voyais plus de possibilités de développer la maison Gaultier dans d’autres domaines.

Babybear: Regrettez-vous vos années Jean Paul Gaultier?

Donald Potard: Je ne suis pas nostalgique, je n’ai aucun regret, ce que je fais aujourd’hui, avec plus de 120 créateurs de mode dans mon agence est tout aussi exaltant.

l’imposteur: Vous parlez souvent de la mutation dans le milieu de la mode, argumentant que les choses doivent et vont changer… mais vers quoi va-t-on aller? Pouvez-vous parler des prémices que vous ressentez? Par ailleurs, les grandes maisons diversifient tellement leurs activités que bientôt j’ai l’impression qu’elles vont pouvoir proposer un style de vie complet (voitures, hôtels, restaurants, beauté, fitness, nourriture…). Comme disait un journaliste du Figaro: à quand les carottes orange d’Hermès? Quelles sont les limites de cette diversification?

Donald Potard: Bonjour, l’imposteur. Je n’ai pas de boule de cristal mais je pense que la mode va se diviser de plus en plus entre produits de grande consommation et produits que j’appelle Überluxe. Les Zara et H&M ont gagné la bataille de la mode et je crois que les créateurs, au lieu d’en avoir peur, devraient s’en servir comme modèles. En ce qui concerne les déclinaisons des marques, il est normal que celles-ci veuillent étendre leur territoire de façon concentrique. Aujourd’hui, plus personne ne s’étonne de porter des lunettes Chanel ou un téléphone Lolita Lempicka. C’était inconcevable il y a encore 20 ans. L’histoire des carottes et des navets est complètement idiote mais l’idée d’un yacht Hermès n’était pas si bête que ça. Pour survivre aujourd’hui, une marque doit être lifestyle et pénétrer le monde de la haute technologie. Pour créer ses épaulettes, Alexandre Vauthier s’est allié avec des ingénieurs d’Airbus: il n’y a pas de limite à la créativité.

Carine: Pourquoi reprochez-vous à la presse de ne pas assez parler des jeunes créateurs? N’a-t-elle pas le droit de ne pas les trouver intéressants?

Donald Potard: Les jeunes créateurs sont intéressants et apportent plus de fraîcheur que des maisons vérolées par un marketing mal digéré. Si on ne s’y intéresse pas, et qu’on n’a pas de curiosité, il faut changer de métier car un journaliste de mode doit toujours être à l’affût de la nouveauté.

prof+: Que pensez-vous du rapport qu’on établit entre le fait d’avoir besoin de changer régulièrement de partenaire sexuel et le principe de renouvellement inhérent à la mode.

Donald Potard: Il y a des gens qui n’ont pas envie de changer de partenaire sexuel et d’autres qui sont boulimiques. Peut-être que le rapport est inversement proportionnel: les boulimiques sont souvent en jeans-baskets ou en cuir et manquent souvent d’imagination. Ont-ils plus d’imagination au lit? En fait, le vrai rapport entre sexe et mode, c’est qu’il faut privilégier la qualité à la quantité.