Le Grand Orient de France (GODF), principale obédience franc-maçonne française, est devenu mixte le 8 avril dernier, par une décision concernant les dossiers de six femmes, initiées « sauvagement » deux ans plus tôt.

Le GODF était une obédience exclusivement masculine jusqu’en janvier dernier, lorsqu’Olivia Chaumont, initiée en tant qu’homme, avait finalement été reconnue en tant que femme, quelques années après sa transition (lire la première interview d’Olivia Chaumont sur Yagg). Cette reconnaissance officielle de la « première sœur » du GODF avait alors reposé la question de l’initiation des femmes.

Dans une deuxième interview exclusive, Olivia Chaumont nous explique la particularité de cette dernière décision sur la mixité. Elle revient également sur son engagement de militante pour les droits LGBT et sur ce qui a changé pour elle depuis sa reconnaissance officielle en tant que femme dans cette obédience.

Le Grand Orient de France (GODF) est devenu mixte le 8 avril. Comment cela s’est-il passé? Ça n’est en fait pas si simple. La question de la mixité au GODF n’est pas nouvelle, elle est posée depuis très longtemps et soumise au vote régulièrement. Elle a malheureusement toujours était votée défavorablement. Ce qui a amené certaines loges [le GODF est une obédience, elle est composée de loges, ndlr] à s’engager dans ce souhait de mixité et à simultanément initier des femmes, en dehors des usages, il y a deux ans. Ces loges ne l’ont pas fait sans y réfléchir, elles se sont appuyées sur une lecture du règlement et ont considéré que rien ne leur interdisait de le faire. Cependant, ces six initiations « sauvages » de femmes, passées en force, n’avaient jusque là jamais été reconnues. Cette histoire trainant, ma propre histoire venant fissurer un peu plus le mur de la non-présence féminine au sein du GODF, les choses ont lentement fait leur chemin…

De plus, l’an dernier, en septembre, cette question de mixité avait de nouveau été rejetée par un vote du convent. Mais pour la première fois, en interne, une instance juridique [la Chambre suprême de justice maçonnique – CSJM], sorte d’équivalent d’un conseil constitutionnel, a annoncé que ce dernier vote ne pouvait pas être pris en compte, pour des défauts de forme, pas de fond, et ce dernier vote sur la mixité a été annulé.

C’est donc dans ce contexte-là que les choses se sont déroulées, une accumulation de petites choses sont entrées en compte. La situation était complexe et un peu branlante. Des loges initient des femmes, le dernier vote contre la mixité est annulé et je suis reconnue en tant que femme, tout cela a créé un contexte assez particulier et plutôt favorable…

Et c’est alors que le 8 avril dernier, cette même instance juridique a reconnu et validé l’initiation, jusque là « sauvage », de ces six femmes. Forcément, aujourd’hui, par traduction de cette décision qui ne concernait pourtant que six dossiers, le GODF est devenu mixte. Si l’instance juridique donne un avis favorable, l’exécutif s’y plie.

Avez-vous été surprise? Est-ce que c’est une décision à laquelle vous vous attendiez? Je ne m’y attendais absolument pas, j’ai été très surprise… agréablement surprise. Il est évident que la situation de ces sœurs était difficile. Elles ne pouvaient pas rester comme ça, être présentes sans être reconnues. Je suis contente que d’un point de vue humain leur histoire soit prise en compte, mais je ne pensais pas que ca irait si vite et que l’instance juridique se positionnerait aussi clairement.