Les récentes déclarations du Vatican à l’encontre des gays et des lesbiennes (lire notre article), ajoutées aux multiples scandales de pédophilie, peuvent donner l’envie à certain-e-s de quitter l’Église catholique. Cela porte un nom: l’apostasie. En France, l’association les Panthères roses encourage vivement les personnes LGBT à quitter l’Église et fournit même le mode d’emploi.

Cette démarche a donné des idées à Cormac Flynn, un jeune Irlandais qui vit à Paris depuis quelques années. L’été dernier, il a choisi d’organiser un peu plus la démarche pour son pays d’origine, où l’influence du clergé catholique est particulièrement forte. L’Église catholique y est omniprésente et a été touchée l’an dernier par un scandale pédophile d’une ampleur sans précédent, révélé par le fameux Rapport Ryan. Avec l’aide de deux amis, Cormac Flynn a donc lancé Count Me Out (que l’on pourrait traduire par « Ne comptez-plus sur moi »), un site qui encourage les Irlandais-es à quitter l’Église catholique. Un bel exemple du Think globally, act locally? Interview.

Quelles raisons vous ont poussé à lancer Count Me Out? J’avais mes propres raisons pour m’éloigner de l’Église. Excepté le fait que ce n’était tout simplement plus pertinent dans ma vie, j’étais de plus en plus mal à l’aise avec son attitude envers les homosexuels et les femmes et son influence disproportionnée sur le gouvernement irlandais. Mais c’est le rapport Ryan qui m’a finalement poussé à formaliser mon départ. Publié en mai de l’année dernière, le Rapport Ryan est une enquête du gouvernement qui décrit 75 ans d’abus sexuel sur des enfants, institutionnalisés et couverts par la hiérarchie, à une échelle qui a choqué la nation toute entière.
J’ai été supris par ma propre réaction. Les histoires d’abus sexuels mettant en cause le clergé étaient courantes en Irlande depuis les années 80 mais le détail et la profondeur des abus, ainsi que la façon dont ils ont été couverts ont été horrifiants.
J’avais appris l’année précédente que les membres des Panthères roses en France avaient protesté contre l’opinion de l’Église sur l’homosexualité en faisant officiellement acte d’apostasie. Je voulais donc désormais quitter l’Église. Je ne voulais même plus être compté nommément comme membre de l’Église catholique. Après avoir fait des recherches et en faisant part de ma décision à mes amis, j’ai réalisé que beaucoup de gens avaient la même envie, mais ne savaient pas comment s’y prendre. Le site est né de cette idée et avec l’aide des mes amis Gráinne O’Sullivan et Paul Dunbar, nous avons lancé la campagne début juillet 2009.

Le succès a-t-il été au rendez-vous? Depuis le lancement, environ 9200 lettres d’apostasie ont été téléchargées. Dans un pays de 4 millions d’habitants, dont 85% affirment être catholiques, c’est peu. Cependant, cela représente seulement 10% des visiteurs sur le site et ne montre pas l’énorme intérêt que le site a suscité dans les médias. Depuis le mois de juillet nous avons été contactés ou cités par la plupart des médias en Irlande, ainsi que par de nombreux autres aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Australie, en Espagne et aux Pays-Bas. En France, nous avons été interrogés par Le Monde et RFI.
L’objectif de Count Me Out était un peu plus large. En Irlande, les gens se définissent eux-même comme catholiques, comme s’il s’agissait d’une origine ethnique ou d’un groupe sanguin. Nous voulions remettre en cause cette attitude et nous avons réalisé que l’apostasie pouvait être employée non seulement comme moyen de protestation mais aussi pour signifier aux gens qu’ils avaient la possibilité de partir si tel était leur souhait. De mon point de vue, qu’une personne aille jusqu’au bout de l’apostasie était moins important que le débat induit sur notre identité et le rôle de la religion dans la vie politique et la société irlandaises. C’est pour cette raison que le site a été un bien plus grand succès que ce que nous avions jamais osé espérer.

Quelle a été la réponse de l’Église? Polie et d’une grande aide! Ils ont répondu à toutes nos questions et nous ont même félicités pour notre site, qu’ils ont trouvé informatif et objectif. Récemment, un incident est venu contredire cela. Nous avons été contactés par une femme, qui, après avoir envoyé sa lettre, a appris que le prêtre avait rendu visite à ses parents et leur avait lu sa correspondance privée avec l’évêque. Heureusement, ses parents s’en fichent, mais cela aurait pu se passer autrement. Nous recevons fréquemment des emails de gens qui craignent de quitter l’Église de peur que leurs parents ne l’apprennent.