Musique | 14.04.2010 - 07 h 30 | 2 COMMENTAIRES
Jónsi (Sigur rós): « Avant le coming-out, le seul moyen d’être heureux, c’est de créer »
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Jónsi et le compositeur Nico Muhly se livrent dans un interview et poussent un coup de gueule contre l'interdiction faite aux gays de donner leur sang, en Islande et ailleurs…

Le magazine islandais The Reykjavik Grapevine a interviewé au débotté Jónsi (à droite sur la photo), du groupe Sigur rós, et le compositeur Nico Muhly, avec lequel il a travaillé sur son premier album solo, Go (vidéo ci-dessous).

C’est dans un bar cuir de Reykjavik, le MSC Clubhouse, que le journaliste de The Reykjavik Grapevine a laissé les deux compères discuter à bâtons rompus, les interrompant à peine (mais à point nommé).

Alors que des pornos gays défilent sur l’écran de télé devant leurs yeux, les deux musiciens parlent donc de leur rencontre, de leur travail ensemble, Jónsi raconte comment il a souhaité s’éloigner de l’univers de Sigur rós, ils reviennent sur ce qu’ils ont appris l’un avec l’autre, leur respect pour le travail de Björk…

Morceaux choisis:
Jónsi: En quoi le fait d’être homo a influencé ton travail musical, le fait que tu sois devenu compositeur, tout ça?
Nico: En fait, pour la faire courte, pas du tout…
J: Vraiment?
N:… et aussi tout le temps. C’est une sorte de mélange. J’aime me dire que ça n’a rien à voir avec rien, mais les raisons pour lesquelles je fais de la musique me ramènent toutes à moi chantant dans un chœur à 11 ans, à mes années de solitude de pré-adolescent gay, chantant dans un chœur. (…) Je pense, en tout cas en ce qui me concerne, qu’être gay implique une sorte de solitude un peu coupable dans ta vie sociale.
J: Exactement, exactement. Il m’est arrivé exactement la même chose. J’ai grandi dans une petite ville à côté de Reykjavik, Mosfellsbær, et je n’ai connu aucun autre gay ou lesbienne avant d’avoir dans les 21 ans. À peu près quand je suis sorti du placard. Avant le coming-out, on a cette envie d’être heureux et satisfait, mais le seul moyen d’y parvenir est de créer quelque chose. (…) On a ce besoin de rencontrer un garçon ou d’embrasser quelqu’un ou de les prendre dans ses bras, mais on ne peut pas parce qu’on ne connaît personne. On est coincé dans une petite ville.
N: Et même si tu connaissais quelqu’un, c’était trop bizarre.
J: Oui. Je n’arrêtais pas de faire l’erreur de tomber amoureux de mes amis. Un grand classique gay.
N: Il ne faut pas tomber amoureux de ses amis. Il y a une solitude très intense ancrée dans l’expérience gay. La nature des choses fait qu’on est seul. (…) J’ai toujours eu le sentiment que les musiciens gays ont l’obligation de faire quelque chose de tellement bon. (…) J’ai toujours eu le sentiment que tout ce que je faisais devait être parfait. Tous les amis de mes parents étaient homos; tout le monde était homo autour de moi, quand je grandissais.
J: C’est drôle, tu viens d’un environnement totalement différent. Tu étais juste gay des pieds à la tête, tu n’es pas devenu le gars bizarre de la famille. Pour moi, c’était exactement le contraire (…).
N: Mais la bonne nouvelle c’est que même si tu grandis entouré d’homos, c’est quand même totalement solitaire et bizarre. Et c’est bien. C’est ce qu’il y a de mieux, en fait. (…)
J: Je savais qu’il y avait une différence indéniable entre la société au sens large et moi. Ça m’a obligé à tout repenser, toute la société, le monde entier. Les films hétéros que j’avais vus toute ma vie, les règles qu’on m’avait apprises, ma vie entière. Tout. J’ai dû tout repenser. Je pense que c’est un exercice très sain pour nous. (…) Je crois qu’être homo et être musicien m’a beaucoup aidé, en fait. Je pense que je n’aurais pas fait autant de musique si je n’avais pas été gay.

J: En fait, moi, ce qui me révolte en tant que gay en Islande, c’est que je ne peux pas donner mon sang. C’est vraiment trop stupide.
N: C’est la même merde aux États-Unis. J’ai essayé de donner mon sang après le 11 septembre et ils me demandaient « Avez-vous eu des relations anales avec un homme ces douze derniers mois? ». J’étais bouche bée. Je disais « Mais va te faire foutre! Et toi, t’as eu des rapports sexuels avec ton idiot de mari ces douze derniers mois j’imagine, non? »
J: Cette loi c’est vraiment une blague! Ils ne demandent qu’aux mecs s’ils ont eu des relations anales. Et ils s’en foutent si t’es un mec hétéro et que t’as pris par derrière toutes les femmes que tu as croisées. Ça leur va!
N: Si une seule fois tu l’as mise à un mec, tu ne peux plus sauver la vie de quelqu’un.

Retrouvez l’intégralité de l’interview sur The Reykjavik Grapevine.

Le clip officiel de Go Do, extrait de Go:

Si vous ne pouvez pas voir la vidéo ci-dessus, cliquez ici.

Et un peu de nostalgie avec ce très joli clip de Viðrar vel til loftárása, de Sigur rós:

httpv://www.youtube.com/watch?v=34ZtT4Th9Ys

Si vous ne pouvez pas voir la vidéo ci-dessus, cliquez ici.

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Cofondatrice et rédactrice en chef de Yagg.
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LES réactions (2)
  • Par Klavek 14 avr 2010 - 12 H 32

    Mmh… Pas giga fan, je préfère largement ce qu’il faisait quand il était dans le groupe.

    Graaah, j’ai toujours des frissons à chaque fois que j’entends Saeglopur…

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  • Par François Peneaud 16 avr 2010 - 9 H 15

    J’aime beaucoup la musique de Nico Muhly, mais je ne connais pas bine celle de Sigur rós. Merci donc pour cette interview intéressante.

    Signaler ce commentaire

     
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