Arte diffusait récemment la première saison des Invincibles, où le thème de la bisexualité était abordé, comme dans la version originale québécoise. Car du côté de la Belle Province, la communauté LGBT affiche fièrement ses couleurs sur le petit écran. Revue de détail.

Dès 1979, le très populaire feuilleton Chez Denise offrait aux Québécois le personnage récurrent de Christian, coiffeur folle tordue, le fameux « gay de service » trop décalé pour inquiéter la morale. Trente ans plus tard, la société québécoise a radicalement changé, sa télé aussi. Depuis 2000, une nouvelle génération de séries dessine des portraits plus complexes de la communauté LGBT. Ce fut le cas avec Le Cœur découvert (2001) qui suivait le quotidien du couple Jean-Marc et Mathieu, 3X rien qui s’achevait en 2006 sur la célébration d’un mariage entre homos ou Aveux, diffusée l’an passé, avec son personnage de père transsexuel.

Parmi toutes ces séries innovantes, l’une a particulièrement marqué les esprits télévores: La vie, la vie, sur la vie amoureuse de cinq trentenaires montréalais dont Jacques, un personnage gay loin des clichés. Stéphane Bourguignon, le scénariste de la série, confirme: « Je me suis rendu compte que le personnage gay fonctionnait exactement comme un hétéro sauf qu’il aimait les garçons. Tout le monde, y compris la communauté gay, a adoré ce personnage. On était tellement à l’opposé du cliché que ça faisait du bien dans le paysage. Les téléspectateurs s’intéressaient à ce personnage en tant qu’être humain et non comme une attraction ».

DES DRAGS AUX GAYS « LAMBDA »
Voilà que le gay devenait un personnage au même titre que les autres. Le scénariste Richard Blaimert a également fait beaucoup en collaborant au feuilleton Diva et à la série jeunesse Watatow, ou en créant Le monde de Charlotte. Il nous a même offert, avec Pierre Samson, Cover Girl, une série complètement folle qui suivait le quotidien borderline des drags Veronica, Lana et Joujou. « Une partie de la communauté a beaucoup critiqué le traitement des drags, c’est sûr qu’on avait fait le choix de maquiller la réalité et de garder les personnages habillés en drag quand ils faisaient leurs courses. Tout le monde ne s’y est pas retrouvé », se souvient-il. Pas facile encore d’offrir une vision trop décalée à l’heure où la communauté scrute attentivement les modèles proposés.

Ce qui n’a pas empêché le scénariste de revenir avec Les hauts et les bas de Sophie Paquin, sorte de Clara Sheller plus déjantée qui s’est achevée en décembre dernier. Le comédien Éric Bernier y interprétait le rôle de Martin, le meilleur ami de l’héroïne, un médecin gay accroc aux saunas.

Les hauts et les bas de Sophie Paquin, extrait:

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Ouvertement homo et porte-parole de Gai Écoute Québec, Éric Bernier se retrouve aussi dans Tout sur moi (photo), série désopilante où il joue son propre rôle, entre fiction et réalité. Avec son humour bitchy et la description des plans cul foireux d’Éric, la série a été adoptée par la communauté et va entamer sa 4e saison.

Tout sur moi, la bande-annonce de la saison 3:
httpv://www.youtube.com/watch?v=v9KgRteiMIM
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Tout sur moi, l’ouverture de la saison 3 façon comédie musicale:
httpv://www.youtube.com/watch?v=CbU3y0e245U
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Mais y-a-t-il un risque pour un acteur de s’afficher dans de tels rôles? « C’est sûr qu’avec Tout sur moi, c’est comme un coming out national, assure Éric Bernier, mais l’homosexualité fait partie intégrante de la société. Je me suis posé la question de ce que j’allais renvoyer mais je ne pouvais pas passer à côté de deux séries comme celles-ci. Aujourd’hui, l’homosexualité à la télé québécoise, c’est presque banal, mes personnages peuvent embrasser un homme sans problème et des hétéros me disent qu’ils s’y retrouvent. De plus en plus de comédiens et présentateurs affichent leur orientation sexuelle sans que cela nuise vraiment à leur carrière ».

QUE RESTE-T-IL À FAIRE?
Finalement, tout semble aller pour le mieux: les personnages LGBT s’affichent, ont des jobs en or et connaissent peu l’exclusion sociale. Tout cela n’est-il pas un peu trop rose bonbon? Selon Stéphane Bourguignon, « si tu décides de créer un impact social avec une série, tu dois te demander s’il vaut mieux renvoyer l’image d’un personnage gay positif ou en souffrance, et pour ma part, je pense qu’il est préférable d’en offrir une vision optimiste pour que les jeunes gays puissent s’y projeter ».

Évidemment, des choses restent à faire notamment du côté des lesbiennes car, malgré des personnages réguliers, on attend encore une présence plus forte à la télé. « C’est vrai qu’on les voit peu, explique Stéphane Bourguignon, c’est sans doute représentatif de l’espace public qu’elles prennent, elles sont discrètes. Il manque aussi des représentations de couples gays vieillissants au-dessus de 50 ans; je pense aussi au suicide chez les jeunes, c’est un sujet important ».

En attendant que ces séries prennent en main ces sujets, on peut suivre chaque semaine sur la chaîne de télé Radio-Canada Musée Eden, qui nous plonge dans le Montréal de 1910. Et dès le premier épisode, on découvrait que le meurtre de l’oncle des héroïnes était dû à ses relations « sodomites ». Décidément, les personnages LGBT n’ont pas fini de faire parler d’eux à la télé québécoise…

Fabien Philippe

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