Kévin Gagneul, auteur du blog Mon truc en +, était en chat avec les internautes jeudi 8 avril. Les échanges ont été riches et passionnants. Kévin a répondu aussi bien sur la discrimination, le barebacking, que son propre vécu. Voici l’intégralité des échanges, ainsi que, comme d’habitude, un petit making-of.

Modérateur: Nous sommes ravis d’accueillir Kévin Gagneul sur Yagg. Nous allons prendre une première question. N’hésitez pas à en poser également!

Kévin Gagneul: Je suis très content de pouvoir répondre à vos questions.

sonia: Qu’aimerais-tu voir réalisé pour tes trente ans? La notion du temps, comment la vis-tu en étant séropositif?

Kévin Gagneul: Pour mes 30 ans, ce que je rêve de voir, c’est la merveilleuse robe de soirée pour mon mariage. Plus sérieusement, avant même de croire à l’arrivée d’un vaccin, j’aimerais que la perception des séropositifs évolue positivement… La vie d’un séropositif peut être la même que celle d’un séronégatif avec les mêmes problèmes, les mêmes bonheurs, les mêmes questions. Souvent multipliés par dix.

billy: Qu’est-ce que tu penses de l’œuvre de Guillaume Dustan?

Kévin Gagneul: Guillaume Dustan n’étant pas de ma génération, c’est assez difficile de me positionner. Néanmoins, il fait partie du pot commun et il doit rester ce qu’il est, c’est-à-dire un contributeur au débat.

Chris: Bonjour, à quoi attribuez-vous le fait que les séropositifs les plus jeunes semblent hésitants à parler à visage découvert?

Kévin Gagneul: Pour les mêmes raisons qu’un séropositif plus âgé. La séropositivité peut être un obstacle à la séduction et aux rapports sociaux. Néanmoins, le fait d’être jeune rajoute une difficulté, dans la mesure où c’est l’âge de l’apprentissage des codes de séduction et que séduire en général est compliqué. Si l’on y met en plus la séropositivité, c’est une complication majeure.

Charlie: Rien d’original, je sais, mais… Qu’est-ce qui devrait changer, selon toi, pour que l’on n’aie plus peur des séro+ tout en continuant à craindre le VIH?

Kévin Gagneul: La solution à cette question est la quadrature du cercle. Comment ne pas stigmatiser, comment ne pas effrayer, comment ne pas banaliser et comment ne pas transformer le VIH en une maladie comme les autres? Je pense que les séropositifs eux-mêmes doivent s’investir dans cet objectif en « parlant » plus spontanément, voire plus directement, de leur séropositivité. C’est-à-dire la banaliser dans le bon sens du terme. Plus nous serons nombreux à en parler, mieux ce sera pour familiariser les gens. Il n’en demeure pas moins qu’il faut de plus en plus informer concrètement les gens sur le quotidien d’un séropositif et que celui-ci peut ne pas être rose tous les jours. C’est en cela que sans rentrer dans des considérations politico-associatives, je reprendrai à mon compte le slogan d’Act Up: Information=pouvoir.

Jérôme_M: As-tu une opinion sur le barebacking?

Kévin Gagneul: Oui, j’en ai une… Je suis TOTALEMENT opposé à l’idée d’élever le barebacking comme une idéologie, voire comme un mode de vie. Néanmoins, il faut comprendre les situations individuelles qui peuvent amener une personne à pratiquer le sexe sans capote. Le terme barebacking est trop « fourre-tout ».

jeff: Pour toi, il est plus urgent de trouver une solution à l’épidémie sur le plan médical, ou plutôt du point de vue moral sur l’amélioration de la perception des séropos?

Kévin Gagneul: Les deux ne s’opposent pas, elles sont mêmes complémentaires.

Un ami qui vous veut du bien: Quand est-ce que tu prends ta carte à Act Up?

Kévin Gagneul: Jamais, tout comme je ne prendrai jamais ma carte à Aides. Je sais qu’il y a de nombreuses oppositions entre les deux associations, et considérant qu’elles sont toutes les deux complémentaires (malgré ce qu’elles peuvent penser), je préfère ne pas faire de jalouse…

faunus23: Bonjour. Penses-tu qu’être séropositif peut être une « force » pour affronter les problèmes de la vie en général?

Kévin Gagneul: Les problèmes, en général, rendent plus fort… Pourquoi ce ne serait pas aussi le cas avec le VIH? Il existe un proverbe bouddhiste qui dit que « le poison peut devenir remède ».

Phil86: Bonjour Kévin Gagneul, ma question est très terre-à-terre: sur ton blog tu dis que tu es maintenant sous trithérapie, j’aimerais savoir quels médicaments tu prends/as pris et si tu souffres/as souffert d’effets secondaires (je suis moi-même séropo sous traitement depuis 1999 et je trinque à cause des molécules que je prenais les premières années).

Kévin Gagneul: Je suis sous Isentress et Truvada. Absolument aucun effet secondaire (merci Docteur…). J’ai mis du temps à trouver la bonne formule. J’ai essayé Truvada Norvir. Puis Truvada Kaletra (j’ai adoré mes toilettes…). Enfin, Truvada Sustiva (j’ai fait des économies de substances psychoactives).

JC: As-tu subi des discriminations au travail a cause de ton VIH?

Kévin Gagneul: Oui!! À l’époque où j’ai découvert ma séropositivité, j’étais policier. La haute hiérarchie de la préfecture de police de Paris m’a dit que j’étais « dangereux » et qu’elle s’opposerait à une évolution de carrière. Je suis allé voir si l’herbe était plus verte ailleurs…

jeff: Et tu as un avis sur les « bug chasers »? Ceux qui poursuivent le VIH?

Kévin Gagneul: Je vais être peut-être un peu dur, mais je pense à mon humble avis que cela relève de la psychothérapie.

yoop: Un de mes proches est malade et souhaite garder cela top secret. Que faire pour l’aider et alléger cette pression?

Kévin Gagneul: Être là pour lui, l’écouter, le conseiller du mieux que tu peux, régulièrement essayer de faire en sorte qu’il « sorte du placard », s’il le peut et s’il le veut, sans forcément le brusquer.

keals: Que penses-tu des jeunes séropos ayant des relations sexuelles sans capote avec d’autres séropos?

Kévin Gagneul: L’âge ne rentre pas en ligne de compte. Je ne me permettrais pas de porter le jugement, étant donné qu’il m’arrive de pratiquer cela. L’idée de devoir mettre un préservatif toute sa vie n’est pas si facile. Occasionnellement et de manière éclairée, il peut être un exutoire d’abandonner le préservatif avec un partenaire lui aussi séropositif malgré l’existence d’une possible surcontamination… Mais c’est dans ces moments-là que je me rends compte que je reste un être humain.