Un kiss-in contre l’homophobie se tiendra demain, samedi 3 avril, à 15h30, à Nice, en soutien au jeune couple victime d’une agression homophobe extrêmement violente, le 27 mars. Le kiss-in aura lieu au square d’Alsace-Lorraine, sur le lieu-même des violences.

Rappel des faits: alors qu’ils passaient l’après-midi dans un jardin public de Nice, Steeve (à gauche sur la photo prise avant l’agression) et Romuald (à droite) ont subi une pluie de haine et de violence, pour s’être embrassés.

Après un geste tendre entre les deux hommes et un baiser, une femme vient leur demander d’arrêter « parce qu’il y a des enfants », ils n’obtempèrent pas et la situation dégénère. Elle les aurait insultés puis frappés avant d’être rejointe par un groupe de sept ou huit jeunes, de 17 à 20 ans. En pleine journée, les deux hommes sont roués de coups. Steeve est retrouvé « inanimé, en sang, par terre à l’entrée du parc » par son ami, selon ses propres termes. Ils ont depuis eu le courage de porter plainte (lire notre article).

Les agresseurs n’ont pour l’instant pas été retrouvés. Après avoir lu les articles dans la presse, la femme qui avait demandé aux deux jeunes hommes d’arrêter de s’embrasser s’est rendue d’elle-même au commissariat… pour porter plainte contre les victimes. Elle prétend qu’ils auraient été les premiers à l’agresser.

« UNE ENVIE D’EMMERDER LES HOMOPHOBES »
Écœuré par cette violence et cette démonstration de haine, un Niçois, Daniel Tristant, a lancé l’initiative d’un kiss-in contre l’homophobie en soutien à Romuald et Steeve. « Je ne suis pas militant et je ne fais partie d’une association, mais cette initiative est née d’un sentiment de colère », explique-t-il à Yagg.

« Lundi, en ouvrant Nice matin, j’ai vu qu’une agression homophobe avait eu lieu. En lisant l’article, je n’en revenais pas qu’une agression se soit produite en plein jour, un samedi après-midi, dans un lieu public, au milieu des gens. Si on commence à se faire tabasser le jour, en plus de la nuit! Ça m’a mis hors de moi. Et puis je connaissais Steeve, j’ai été vraiment surpris que ça lui soit arrivé ».

« J’ai voulu à mon tour, en réaction à cette violence, rouler des pelles dans le parc au milieu des gens et puis je me suis dit « pourquoi ne pas le faire à plusieurs? ». J’ai donc pris l’initiative de créer l’événement sur Facebook, et il y a déjà plus de 400 personnes inscrites. Je ne pensais pas qu’il y aurait un tel retour. Toutes les associations LGBT de Nice ont souhaité y participer. Je n’ai jamais participé à un kiss-in et la dernière fois que je suis allé à une manif, c’était contre Le Pen en 2002. C’est bien sûr la première fois que j’organise un tel événement et je finis par être un peu dépassé par l’ampleur de ce soutien. À la base, c’était juste parti d’une colère et d’une envie d’emmerder les homophobes ».

« UN SENTIMENT D’IMPUISSANCE »
Steeve et Romuald reviendront eux aussi courageusement sur le lieu des violences pour participer à ce kiss-in et pour ne pas reculer face à la haine homophobe. Contactés par Yagg, ils nous racontent où ils en sont aujourd’hui, six jours après les faits:

Steeve: « Les jeunes agresseurs sont partis en me laissant pour mort, inanimé, après m’avoir donné plusieurs coups de pieds dans la tête alors que j’étais déjà à terre. Nous avons déposé plainte le soir même de ma sortie d’hôpital, mais pour l’instant, on ne les a pas retrouvés. Physiquement, ça commence à aller mieux, mais psychologiquement, c’est vraiment difficile. Mon travail est juste à côté du lieu de l’agression et comme les jeunes n’ont toujours pas été arrêtés, j’ai peur d’y retourner. Je ressens vraiment un sentiment d’injustice et surtout un sentiment d’impuissance ».