Remarquée en 2006 avec l’album The Soft and The Hardcore, déclaration d’amour à sa copine, l’artiste française expatriée aux États-Unis a fait du chemin. Après Wider, elle reprend du service avec No Snare, un troisième opus électro folk pop hypnotique. Rencontre.

Pourquoi t’es-tu envolée aux États-Unis? Pas mal de gens m’ont donné envie de faire des choses et m’ont montré que c’était possible. J’ai donc décidé de vendre tout ce que j’avais en France et de m’offrir un billet pour Olympia. J’ai commencé par donner quelques concerts dans un grenier. Un soir, Calvin Johnson, du label K records, m’a remarquée et m’a demandé si je voulais enregistrer. J’étais à un croisement de ma vie et j’ai appuyé sur le gros bouton vert.

Il parait que tu n’as rien signé avec le label. S’agit-il uniquement d’un accord oral? En effet, chez K records, nous travaillons dans la confiance. Nous avons tous le même esprit d’indépendance, de partage et de don de soi. J’ai beaucoup de mal avec les démarches administratives et les ponctions de l’État quand je reviens en France. Je ne suis pas adaptée à ce système.

Pourtant, il n’y a aucune protection sociale pour les artistes aux États-Unis… C’est vrai mais je suis persuadée que le manque d’initiatives, de prise de risques et de filles dans la musique indépendante en France vient du statut d’intermittent. C’est un endormissement parfait. Aux États-Unis, les artistes sont plus dans l’action.

En quoi ton nouvel album est-il différent des deux premiers? Sa création a commencé de manière complètement différente. Je l’ai enregistré en studio et j’ai tout perdu car mon ordinateur m’a lâché. J’ai donc décidé de laisser tomber les chansons d’origines, à une ou deux exceptions près, et d’en écrire de nouvelles. L’album est particulier et ne sonne pas du tout comme celui que j’avais écrit à la base. Quant aux arrangements, ils sont plus aboutis que ceux de The Soft and The Hardcore et de Wider.

Pourquoi l’as-tu intitulé No Snare? « No snare » signifie « pas de caisse claire ». Dans un set de batterie, la caisse claire est ce qui marque les temps forts. Il n’y en a pas dans l’album. C’était également symbolique pour moi car, dans la vie, on se laisse trop souvent guider par ce qui est facile et évident au lieu d’écouter ce qui nous habite vraiment. J’ai décidé de creuser dans ce sens, ce qui explique l’ambiance un peu plus noire des chansons.