C’est un beau témoignage que nous livrent Pierre (à gauche sur la photo) et Serge (à droite), un couple de Français qui s’envolera dans quelques jours pour Toronto pour s’y marier, le 16 avril exactement, parce qu’ils ne peuvent pas le faire ici, en France.

Pierre et Serge partagent leur vie depuis cinq ans. Aujourd’hui, ils ont décidé de se marier et de procéder étape par étape en se rendant d’abord au Canada, puis en essayant de faire reconnaître leur mariage en France, quitte à aller jusqu’à la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Une démarche qui prendra certainement du temps mais qui ne leur fait pas peur puisqu’ils comptent « passer leur vie ensemble »!

Un projet qui ressemble comme deux gouttes d’eau à l’histoire des deux Irina, ces lesbiennes russes qui se sont elles aussi mariées à Toronto en octobre 2009 (lire notre article).

Rencontre avec Serge Falcou, 42 ans, professeur en classe préparatoire, et Pierre Rouff, 50 ans, qui travaille dans la finance.

Racontez-nous votre histoire…
Pierre: On s’est rencontrés sur internet, il y a un peu plus de cinq ans. Avant ça, j’ai eu une longue relation de plus de 10 ans avec un autre homme avec lequel j’ai eu un enfant qui a 16 ans aujourd’hui, et qui a donc deux pères. Ça se passe très bien, là il est en pleine crise d’adolescence donc on a quelques petites difficultés, mais par rapport à l’homosexualité de ses parents ça ne pose pas de problème. Comme dans beaucoup de couples, y compris hétérosexuels, parfois on se sépare, on divorce, on se quitte…
Serge: Moi je me suis marié en 1991. J’ai découvert mon homosexualité à l’âge de 33 ans et je me suis donc séparé de ma femme. On a divorcé et ça se passe très bien. On a deux filles de 12 et 14 ans, qu’on élève en garde alternée.

Pourquoi souhaitez-vous vous marier aujourd’hui?
S: Pierre me l’avait demandé assez rapidement au départ, mais je n’étais pas prêt à ça. Aujourd’hui, c’est un peu pour officialiser les choses et pour avoir un statut, pour se protéger l’un l’autre…
P: En fait, on se marie pour exactement toutes les mêmes bonnes raisons que les couples hétérosexuels. Il n’y a pas de raison particulière.
S: Parce qu’on s’aime aussi.
P: Quand il m’a fait sa demande, il y a presque un an, je croyais que c’était une blague. Effectivement, pour la petite histoire, je lui avais moi-même demandé, il y a 3-4 ans, comme ça, pour lui montrer que je tenais vraiment à lui, mais je pensais que c’était complètement impossible. Et puis, c’était un peu une boutade, parce que je savais qu’il sortait de son mariage et qu’il avait été un petit peu refroidi. Finalement, il m’a fait sa demande alors que moi j’avais complètement oublié. Voilà, c’était vraiment un besoin de la part de Serge et j’ai vraiment été très surpris.
S: C’est-à-dire que pour se marier, il faut être sûr de vouloir faire toute sa vie avec la même personne et on compte vivre toute notre vie ensemble…

P: Le mariage que l’on veut faire n’est pas un acte de militantisme en soit, ça n’est en tout cas pas la raison principale. La première raison c’est qu’on s’aime et qu’on a envie de le faire. Ensuite, bien sûr qu’il y a aussi un message derrière, une envie de faire avancer les droits. Cela aussi va nous animer. C’est évidemment pour nous qu’on se marie, mais en se lançant là-dedans, si ça permet de faire d’une pierre deux coups… On part du principe que ne pas donner l’égalité des droits aux gays, c’est faire preuve de discrimination.

Alors pourquoi attendre aussi longtemps? J’aurais pu le faire aussi avec mon précédent compagnon puisqu’on avait déjà un enfant ensemble. Tout simplement parce qu’il y a de cela une vingtaine d’années, la société française n’était sans doute pas prête. Déjà, être un couple d’hommes avec un enfant, ce n’était pas facile, parce que les mentalités n’avaient pas suffisamment évolué. Maintenant, on est en 2010, les choses ont changé, j’ai 50 ans et je me dit qu’il n’y a aucun raison qu’à mon âge, ayant le souhait et le désir de me marier, je ne le fasse pas. On a vraiment envie d’officialiser notre relation. D’ailleurs, ce mariage sera officiel dans beaucoup de pays européens, c’est un peu un paradoxal.

Êtes-vous militants? Êtes-vous membres d’une association?
P: J’ai été, il y a de cela 16 ans, président de l’APGL (Association des parents gays et lesbiens) pendant deux ans. Je ne suis plus militant aujourd’hui, mais j’en suis toujours membre. J’ai aussi milité pour Aides à l’époque. Je m’occupais dans un premier temps d’enfants séropositifs, on organisait des sorties. Il n’y avait pas de trithérapies à l’époque. Je me suis ensuite occupé d’adultes, jusqu’à la première année de mon fils, puis après, j’ai arrêté, avec une famille à charge et mon travail, les journées et les week-ends ne suffisaient pas. J’ai une vie professionnelle très prenante, je travaille énormément. Lorsque j’ai rejoint l’APGL, on était 90, je crois. Au bout de deux ans, on était 400 membres et grâce au travail formidable des gens qui nous ont succédé, on n’est pas loin de 2000 adhérents aujourd’hui, c’est une grande association.
S: Je suis membre de l’APGL, je participe à certaines activités, mais je ne fais pas directement de militantisme.

Êtes-vous pacsés?
Ensemble: Non.