Les conférences sur le sida se suivent… et ne se ressemblent pas! Quelques réflexions sur la 5e conférence francophone VIH/sida, qui s’est achevée hier à Casablanca.

Dès l’ouverture, le Pr Christine Katlama, présidente de l’AFRAVIH, a insisté sur le caractère particulier de cette conférence, en cela qu’elle réunissait plus de 1500 personnes venues de pays francophones. La francophonie était dans toutes les bouches, pour en souligner les bienfaits. Personne n’a relevé que la francophonie n’est pas née de l’altruisme ou de la générosité, mais bien du drame de la colonisation et de la domination de dizaines de pays africains. Une histoire qui pèse encore aujourd’hui.

UNE PAROLE LIBRE
Une conférence en terre africaine, qui réunit Nord et Sud, ce n’est pas non plus si fréquent. Le fait que le Maroc ait été choisi était bien sûr un motif de satisfaction pour la présidente de la conférence, Hakimma Himmich, inlassable combattante, fondatrice de l’Association marocaine de lutte contre le sida (ALCS). Dans un pays musulman, où l’homosexualité est toujours pénalisée, où les droits des femmes et des minorités, et plus généralement les droits humains ne sont pas toujours respectés, la parole a été libre. Et j’espère que pour les militants de l’ALCS, cette possibilité de parler ouvertement et d’échanger avec d’autres associations aura été un plus indéniable.

LA PRÉVALENCE 30 À 50 FOIS PLUS ÉLEVÉE CHEZ LES HOMOS
L’homosexualité, il en a été beaucoup question à Casablanca, comme si, après des années de déni, on découvrait l’étendue du problème de l’infection par le VIH chez les hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes (HSH). Dans certains pays, la prévalence du VIH chez les HSH est de 30 voire 50 fois plus élevée que dans la population générale. Le contexte de criminalisation y est pour beaucoup, l’homophobie ambiante aussi. Cheikh Ibrahima Niang, sociologue à Dakar, a bien souligné que la criminalisation est souvent une survivance de la période coloniale: des lois homophobes rédigées en France ou au Royaume-Uni se sont retrouvées dans les arsenaux législatifs des pays africains, dans un parfait copié-collé. « Nous sommes en retard d’une décolonisation », a-t-il lancé, provoquant les applaudissements nourris de l’assistance.