LE LEADERSHIP DE SIDACTION
Le deuxième écueil est la question du leadership de Sidaction. Depuis 1996, Sidaction est présidé par Pierre Bergé et Line Renaud en est la vice-présidente. Là encore, disons les choses tout net: sans leur opiniâtreté, leur détermination, leur courage – et il en fallait en 1985 à Line Renaud pour tenter de convaincre le show-business de se mobiliser –, le Sidaction n’aurait sans doute pas tenu aussi longtemps et permis de maintenir la pression malgré une opinion publique et des politiques qui pensent la question du sida réglée. J’ai pu, pendant les deux années que j’ai passé en tant que vice-président de Sidaction, mesurer à quel point leur engagement était sans faille.

Mais la lutte contre le sida – ça vaut pour Sidaction comme pour d’autres structures associatives – a besoin de faire entrer de nouvelles personnes et de leur donner des responsabilités: l’épidémie a changé de visage. Les homosexuels et les femmes, particulièrement les femmes migrantes, sont les personnes les plus vulnérables et les plus touchées par le VIH. De plus, Sidaction a élargi son champ d’action aux pays du Sud. La jeune génération, gay et hétérosexuelle, celle des moins de 30 ans, n’a rien connu des années noires. Et c’est pourtant elle qu’il faut mobiliser. Des personnalités jeunes et représentatives de la diversité des populations touchées et de leur parcours devraient trouver leur place et prendre la parole. Le message de Sidaction y gagnerait en efficacité.

Troisième écueil, à mon avis le plus profond. À sa création, l’association Ensemble contre le sida-Sidaction, avait clamé haut et fort que son but n’était pas de se substituer à l’État. Depuis 1981, face à une maladie contre laquelle n’existait aucun remède, les associations, les médecins, les chercheurs se battaient avec peu de moyens pour faire de la prévention, accompagner les malades, alerter l’opinion publique. En 1994, une des années les plus meurtrières en France, la volonté des initiateurs de Sidaction était de forcer le gouvernement à prendre les mesures d’urgence contre l’épidémie: campagnes d’information grand public et ciblées, dispositif de soins et d’aide à domicile, traitement des prisonniers atteints par le sida, plan de réduction des risques chez les toxicomanes, tout était à faire.

LE SILENCE SUR L’ÉPIDÉMIE
La ministre des Affaires sociales de l’époque, Simone Veil, et le ministre de la Santé, Philippe Douste-Blazy, l’ont bien compris. Il leur fallait agir pour ne pas se retrouver confrontés à la même impopularité que leurs prédécesseurs socialistes, englués dans l’affaire du sang contaminé et leur silence sur l’épidémie. Une chose incroyable s’est alors produite à l’issue du premier Sidaction. Le Premier ministre, Édouard Balladur, annonce au lendemain de l’émission que 100 millions de francs supplémentaires (15 millions d’euros) sont débloqués par l’État. Inimaginable aujourd’hui.

En 2010, les crédits alloués à la lutte contre le sida sont en berne. Sur France Inter, hier matin, le directeur de l’Agence nationale de recherches sur le sida (ANRS), Jean-François Delfraissy, annonçait que la recherche était en « quasi-faillitte » (lire notre article). Dans la même émission, la journaliste Hélène Cardin indiquait que les crédits aux associations (hors Paris) avaient « baissé de 30 à 40% ». Et dans son dernier rapport, la Cour des comptes pointait la faiblesse des moyens accordés à la prévention (lire notre article). Sans Sidaction, de nombreux programmes de recherche et d’aide aux malades n’auraient pas vu le jour. Qu’il faille encore en 2010 qu’une association se substitue à l’État pour mener à bien des missions d’intérêt public, voila qui ne peut que renforcer la colère contre l’absence de volonté politique forte.

Pendant ces trois jours, il faut se mobiliser, et donner (ici). Le temps sera ensuite venu de réfléchir à la manière de donner une nouvelle impulsion à cet outil magnifique qu’est Sidaction. Nous le devons aux donateurs ainsi qu’aux fondateurs de Sidaction, aujourd’hui disparus. Pour Cleews Vellay, pour Alain Danand, et bien d’autres, et pour toutes celles et tous ceux qui ont eu le courage, en 1994, de témoigner à visage découvert, Sidaction doit poursuivre ses missions, mais sans jamais oublier ses promesses d’origine.

Christophe Martet est le directeur de la publication de Yagg.

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