Considérez-vous qu’il y a un cinéma gay et vous définissez-vous comme des cinéastes gays?
JM: Le cinéma gay existe de facto à partir du moment où il y a un réseau de festivals, des distributeurs, un public. Et économiquement, ça existe! On le sait d’autant mieux que c’est ce qui nous a permis de sortir nos films sur le marché américain. Les festivals de cinéma gay aux États-Unis ou même à Londres sont des événements culturels majeurs! Après, est-ce qu’il existe une façon gay de faire des films? Pas toujours pour le meilleur: il y a une espèce de reproduction en série avec un imaginaire qui se répète de films en films qu’ils soient "underground", "trash" ou même beaucoup plus commerciaux. Il y a des trucs vraiment atroces! De tous les cinéastes gays français, nous sommes les seuls à accepter cette étiquette, sans aucune angoisse et même en la revendiquant politiquement. Nous sommes des cinéastes gays et on l’assume complètement. On est très fiers d’être présents ou primés dans des festivals gays!

Les sélectionneurs nous trouvent toujours un peu en marge du cinéma gay: on nous dit souvent "not gay enough" (pas assez gay), mais on a quand même fait l’ouverture à Los Angeles et San Francisco avec Crustacés et coquillages (2005). J’avais adoré l’article d’un journaliste new-yorkais qui écrivait que l’on faisait un cinéma gay typique tout en en prenant complètement le contre-pied.

Il fallait oser débuter, il y a 12 ans, en réalisant une comédie musicale avec comme héros un garçon séropositif!
OD: Avec le recul, on se dit que ça relève vraiment du miracle! Quand on a commencé à chercher le financement, Jacques Demy était mort depuis 10 ans et il n’y avait pas eu de tentatives de comédie musicale dans cet esprit. Et j’ai remplacé le titre de Jacques en trouvant Jeanne et le garçon formidable.

Quel était le titre de travail?
JM: Olivier a le sida, c’était vachement bien, j’adorais ce titre.

Et un film sans homos, c’est envisageable?
JM:
On l’a déjà envisagé deux ou trois fois. Notamment en travaillant sur un projet de films pour enfants…
OD:
Il y était quand même question de travestissement, mais sur le mode du déguisement qui appartient à l’univers des enfants.
JM:
Il est difficile de faire comprendre à un décideur qu’on peut parler des questionnements de genre aux enfants alors que les poissons homosexuels sont devenus un sujet très dangereux! Mais ce qui est très bizarre, c’est que d’un côté les financiers se disent "Ils nous font chier avec leurs films de tapioles!" et, en même temps, si on leur apporte un sujet où il n’y a pas d’homos, ils hésitent parce qu’on n’aura pas le même marché à l’international derrière!
OD:
Lors de trois récentes avant-premières de L’Arbre et la forêt, on m’a demandé une fois si, en fait, dans le film, le fils aîné n’était pas homo, ou encore, le fils cadet, et dernièrement le boyfriend de la plus jeune fille! Alors que hormis celui de Guy Marchand, tous les personnages sont clairement hétéros! Ça m’a "dévissé"!

Propos recueillis par Franck Finance-Madureira

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