« Argent, gloire et célébrités »: tel est le sous-titre de Red Carpet, le documentaire réalisé par Olivier Nicklaus et que Canal+ propose ce soir à 22h25. On le supposait mais on ne l’imaginait pas à ce point: le tapis rouge des grandes cérémonies (Oscars, Césars, Festival de Cannes…) où défilent les people est devenu un enjeu majeur de l’industrie du luxe. Enjeu financier, bien sûr.

En 60 minutes, et avec l’aide de multiples témoignages dénichés en France et outre-atlantique, Red Carpet décortique ce business model fascinant. Et parfois écœurant. Comme le souligne une styliste américaine, les marques de luxe sont prêtes à débourser des « sommes indécentes » pour que les actrices portent leurs produits sur le fameux tapis rouge. Les chèques alignent 5 à 6 chiffres au compteur, voire (beaucoup) plus. Et les méthodes employées pour faire le forcing auprès des stars sont parfois dignes de la mafia.

UMA THURMAN, OSCARS, 1995
Tout aurait commencé au milieu des années 90. Après la vague des supermodels (Claudia, Naomi, Cyndi & Co) qui ont trusté les unes des magazines, le public aurait été en demande d’un peu plus de proximité, de beautés auxquelles il pouvait davantage s’identifier. Vous avez demandé: l’actrice de cinéma. Il y aurait même un événement fondateur: Uma Thurman aux Oscars en 1995. Elle porte une robe Prada et fait un tabac. Patty Fox, coordinatrice mode de la cérémonie des Oscars (si, si, ça existe), raconte cette anecdote savoureuse. Sigourney Weaver, voyant la robe de sa consœur s’exclame: « Oh, je ne savais pas que Prada faisait des robes du soir ». Et Uma Thurman de répondre: « Mais ils n’en font pas. Ils l’ont dessinée juste pour moi ». À partir de là, la folie des grandeurs pouvait commencer, et la question « Que portez-vous? », inventée par la chaîne de télé E!Entertainment, posée systématiquement à toutes les stars foulant le red carpet, devenir LA phrase que toutes les marques convoitent.

Et on les comprend: photos+télés+presse people+buzz internet, en quelques minutes, grâce à quelques robes ou accessoires, ça vaut toutes les campagnes de pub du monde! Certes, l’ado lambda ne s’achètera pas du Dior ou du Chanel haute couture, mais la marque s’implantera durablement dans son cerveau.

« LES MARCHES DE LA MORT »
La dernière partie du documentaire est plus politique: ce business en dehors de toutes réalités ne serait que l’émanation ultime d’un capitalisme cynique et destructeur. Les stars, à force de devenir des panneaux publicitaires ambulants, ne seraient plus que des numéros interchangeables, et le tapis rouge, le théâtre d’un conservatisme morbide. Comme le dit James Gray, le génial réalisateur, le red carpet, ce sont « les marches de la mort ».

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