Lundi après-midi, la statue équestre de Jeanne d’Arc s’est vu recouverte de tissu rose flashy et de slogans tels que: « Godes save the Queers ». Une pancarte indiquait: « Je ne suis pas la pucelle catho fasciste pour qui on m’fait passer ». Un symbole, devant lequel se rassemble chaque 1er Mai le Front national, qui n’a pas été choisi au hasard.

Mais aucune signature. Le mystère plane donc sur les auteurs de cet acte. Blague d’étudiants? Le témoignage de la gérante du café-tabac de la place autorise cette possibilité : « Ça s’est passé vers 15 h 30. Ils étaient huit jeunes. Les filles étaient déguisées en danseuses avec des collants roses. Il y en a une, on aurait dit une punk et elle s’est même rasée la tête. Deux garçons les filmaient. Ils avaient l’air de bien s’amuser. C’était folklorique. Ça a duré une demi-heure ».

L’Égide – collectif associatif LGBT – ne croit pas à cette hypothèse: « C’est navrant. Ce n’est pas du tout notre façon d’agir pour faire évoluer les choses. On condamne avec la plus grande fermeté ce genre de pratiques », déclare la présidente Christelle Olivier. « Ça ressemble à l’extrême gauche, aux anarchistes. Quand on pense à ça, on pense aux Flamands roses. Mais je n’y crois pas. (…) On pense tous qu’il s’agit d’un coup de l’extrême droite en laissant croire que ça pourrait être les Flamands roses. S’ils voulaient nous discréditer, ils ne s’y prendraient pas mieux ». La mairie, à qui appartient la statue, a tout nettoyé le lendemain. En l’absence de dégradation, elle ne dépose pas plainte. De son côté, l’Égide l’envisage. À lire sur La Voix du Nord [fr].

« NOUS LISONS LEUR ACTION COMME UNE CONTRIBUTION INTÉRESSANTE AU DÉBAT D’IDÉES »
Aujourd’hui, Les Flamands Roses reviennent sur cette affaire dans un communiqué de presse, avec un tout autre ton, plus révoltés par l’article et les propos des associations que par l’action:

« Nous avons appris par le journal qu’un groupe de personnes avait habillé de rose la statue de Jeanne d’Arc à Lille, et l’avait recouverte de divers messages évoquant l’homosexualité, la transidentité et raillant « l’identité nationale ». (…) Nous sommes très surpris-e-s par le titre et le contenu de cet article. Nous voulons préciser ici que nous sommes aussi une association homosexuelle et que nous ne sommes pas écœuré-e-s. Nous ne connaissons pas les auteur-e-s de l’habillage de la statue de Jeanne d’Arc, mais nous lisons leur action comme une contribution intéressante au débat d’idées qui devrait entourer les questions de sexe, de genre, de classe et d’appartenance nationale ».

« Nous notons que les auteur-e-s n’ont pas signé leur action, peut-être pour qu’on puisse se concentrer sur les idées, et qu’ils ou elles n’ont pas commis de dégradation (…). Ces auteur-e-s ont su joindre le politique au ludique et nous les invitons à prendre contact avec nous, car nous pensons que nous avons probablement des valeurs en commun et des luttes à partager ».

« Nous sommes très étonné-e-s en revanche qu’une association homosexuelle envisage de porter plainte; nous nous demandons bien contre qui et contre quoi, et davantage encore au nom de qui et au nom de quoi. Nous lisons tout de même dans la Voix du Nord la déclaration de cette association homosexuelle selon laquelle l’action à la statue de Jeanne d’Arc donnerait une mauvaise image de l’homosexualité ».

« Cela est évidemment absurde: qu’est-ce qu’une bonne image de l’homosexualité? Une homosexualité hétérosexuelle peut-être? Et qui décide de la bonne ou de la mauvaise image? Nos parents, nos psychiatres, nos juges, nos policiers, nos législateurs, nos gouvernants? ».

« Soyons sérieux-ses alors: nous, les homos et les trans’, avons de toute façon une mauvaise image dans cette société globalement homophobe et transphobe. Nous luttons pour changer cette société et nous n’avons que faire de donner une bonne image de nous-mêmes. Sans quoi, nous, Les Flamands Roses, (…) nous ne prendrions pas la défense des homos et des trans’ opprimé-e-s ici et ailleurs, des tafioles, des folles radicales ou tordues, des transpédégouines, des butches, des fems, des enculé-e-s, des emplumé-e-s, des homos et des trans’ étranger-e-s ou sans-papiers ou mineur-e-s ou prostitué-e-s ou séropos ou tout ça à la fois, et de bien d’autres encore ». À lire sur le site des Flamands Roses [fr].