Ce matin, en ouverture de la conférence de presse consacrée à la Croi 2010, Jean-François Delfraissy, le directeur de l’Agence nationale de recherches sur le sida (ANRS), nous avait prévenus: la question de la prévention, et notamment quelle utilisation il faut faire des antirétroviraux pour ralentir l’épidémie, en avait été l’un des aspects majeurs.

La 17e édition de cette conférence scientifique majeure, suivie par plus de 3500 spécialistes du VIH, du Nord et du Sud, et qui s’est tenue la semaine dernière à San Francisco, a présenté de nombreux essais et études qui vont tous dans le même sens: le traitement a un impact majeur sur la baisse de la transmission du VIH et toute stratégie globale de prévention devra à l’avenir intégrer les « armes chimiques » à côté des outils de prévention plus classiques – mais toujours utiles – que sont les préservatifs. Jean-Michel Molina, professeur au service des maladies infectieuses de l’hôpital Saint-Louis (Paris), a beaucoup insisté sur ce dernier point lorsqu’il a présenté des essais particulièrement encourageants.

RÉDUCTION DE 92% DES NOUVELLES CONTAMINATIONS
Ainsi, une très large étude dans sept pays d’Afrique, recrutant 3400 couples hétérosexuels sérodifférents, a démontré (même si ce n’était pas l’objectif premier de l’essai) que la mise sous traitement antirétroviral s’accompagnait d’une forte diminution des nouvelles contaminations. Dans les couples au sein desquels le partenaire séropositif n’était pas traité, il y a eu 103 contaminations observées entre un an et trois ans après l’entrée dans l’essai, contre une seule dans les couples où le partenaire séropositif avait été mis sous traitement. Soit une réduction de 92% du nombre de nouvelles contaminations! Selon Jean-Michel Molina, ce résultat est très important au niveau épidémiologique, « même si au niveau individuel, on ne peut pas forcément en tirer la conclusion qu’on peut abandonner le préservatif, puisqu’il y a eu contamination sous traitement ».

De conférence en conférence et de rapport en rapport, l’intérêt du traitement en prévention se confirme (lire notre article sur le rapport du Conseil national du sida sur « L’intérêt du traitement comme outil novateur de la lutte contre l’épidémie d’infections à VIH »). Mais les études les plus importantes ont eu lieu dans des couples hétérosexuels, et certains chercheurs pensent que les résultats obtenus ne sont pas forcément transposables chez les gays, la population la plus touchée dans les pays du Nord, dont la France.

TRAITER POUR PRÉVENIR L’INFECTION
Chez les gays justement, IPrex est un très large essai qui a lieu aux États-Unis et dans plusieurs autres pays en Afrique et en Asie. Il propose un traitement préventif continu (avec Truvada) avant l’exposition au VIH (à l’opposé du traitement postexposition, voir notre article).