Pour son premier post sur la communauté (à retrouver ici, avec les commentaires), la yaggeuse Charlie met la barre très haut…

La schizophrénie de périphérique, par Charlie
Tout à l’heure, avant de quitter la fac, j’ai remplacé ma jupe par un jogging blanc.
J’ai pris le métro, puis le RER.
Plus nous retournions vers le grand nord parisien, plus la population s’assombrissait.
Le périphérique dépassé, j’ai échangé les lourdes basses de ma musique électro pour les rythmes de notre musique populaire.
Charlie redevient Zohra.

En sortant de la gare, Zohra a salué les prisonniers des bancs publics, payés une fortune pour annoncer d’un cri vengeur la moindre voiture bleu à gyrophare.
Elle les a salués avec toutes ces fautes de Français qui révulsent Charlie, mais qui sont si nécessaires à l’intégration.

Demain, Zohra enfilera un voile et se rendra avec sa famille à la mosquée, où elle s’excusera auprès d’Allah de ses mensonges quotidiens et de la peine qu’elle fera à ses parents, plus tard.
On mangera ensuite, et Hallal! Tout Hallal!

Notre tante, invitée, déplorera le comportement de son fils qui vient d’être promu prisonnier des halls d’immeubles. Dernier stade avant celui de prisonnier tout court.
Je retournerai alors étudier dans ma chambre avec vue sur ma ville, que j’aime et déteste au rythme des humeurs de Charlie ou Zohra.

Ma ville est un peu comme mon peuple: condamné à mort par cette époque à laquelle il ne sait pas s’adapter.
Elle oscille alors entre traditions ancestrale et modernisme, lance de derniers coups de griffes, se perd, et se retrouve immuablement, comme à un point de ralliement nous rassurant de notre propre existence, au journal de 20h.

Ma tante (mandatée par ma mère), viendra alors me parler, on échangera des banalités:
– C’est bien les études, la bourse, tu feras un bon mariage… (sic)
Et sans transition aucune, elle amorcera le débat sur notre retour au bled cet été et sur ce jeune homme, Icham ilitrigountigarçon que je dois ABSOLUMENT rencontrer.

Demain soir, je mentirai comme tous les samedis soirs, prétextant des dossiers à travailler avec une amie pour m’en aller rejoindre ma belle. Ils ont confiance, je sortirai.
Dans la rue, Rachid/Fred/Sofiane/Lyes (Rayez ces mentions inutiles) me demanderont avec tact et délicatesse: 
 »TU FAIS QUOI LÀ??! »

Je jurerai, comme tous les samedis soirs « sur le coran de la Mecque » que ma vertu n’est pas en danger. (lol)

Et on reprend: Musique traditionnelle => Lourde Basses => Jupe enfilée à la hâte dans les toilettes publiques…
CHARLIE IS BACK!

Après demain matin, avant de m’endormir, je remercierai le ciel de m’avoir fait naître en France, puis, je prierai pour mon futur, pour pouvoir moi aussi, un jour, m’installer entre les bras protecteurs du périphérique dans un quartier ou je pourrai enfin conjuguer mes deux prénoms.

Et oublier ma schizophrénie de périphérique.

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