Des manifestations homophobes se sont tenues ces derniers jours à Jinja et à Kampala, pour soutenir la proposition de loi « Anti homosexuality Bill » (qui durcit la législation actuelle à l’encontre des homosexuels et prévoit notamment la peine de mort pour « homosexualité aggravée ») qui attend toujours d’être votée par le Parlement ougandais. Mais tout ne s’est pas exactement passé comme prévu, comme le raconte le blog GayUganda, et on peut s’interroger sur le sens à donner à ces changements de dernières minutes. Explications:

Initialement, une grande marche anti-homosexuelle devait se tenir aujourd’hui à Kampala, la capitale ougandaise. Cette Million Man March, comme l’avaient appelée les organisateurs, était soutenue par les principaux instigateurs de la proposition de loi.

Alors que la manifestation était prévue depuis plusieurs semaines, le chef de la police annonçait dimanche qu' »il n’y aurait pas de Million Man March » à Kampala ce mercredi. Déposant une interdiction de manifestation, il demandait que se tienne à la place une rencontre officielle mardi pour dialoguer sur cette proposition de loi.

Une décision agréablement surprenante dans le contexte actuel et d’autant plus intéressante que cette interdiction de manifestation avait été ordonnée par les plus hautes sphères de l’État, très certainement par le président ougandais, Yoweri Museveni, lui-même. Celui-ci semble en effet tenir compte de plus en plus des réactions internationales et souhaite faire un peu retomber la pression. Craignant que cette loi n’affecte l’aide internationale à son pays, il s’était déjà distancié mi-janvier de ce projet et de certains membres de son gouvernement (lire notre article).

DES MARCHES SURPRISES
Qu’à cela ne tienne! Dès le lendemain de cette décision, lundi 15 février, une marche s’organisait par surprise, non plus à Kampala, mais cette fois-ci à Jinja, deuxième ville du pays. Le pasteur ougandais Martin Ssempa, l’un des plus fervent défenseur de l' »Anti homosexuality Bill » et le principal organisateur de la manifestation avait tout simplement répondu à l’interdiction de la police en avançant la marche au lundi. Elle a réuni pendant 2 à 3 heures des centaines de participants (vidéo ci-dessous). Et hier mardi, une deuxième manifestation s’est tout de même tenue à Kampala, un jour plus tôt que celle initialement prévue.

httpv://www.youtube.com/watch?v=PsDbaRknWXs&feature=player_embedded

Si vous ne pouvez pas voir la vidéo ci-dessus, cliquez ici.

S’agit-il d’une façon de faire pression sur le président ougandais et de rendre politiquement impossible pour Yoweri Museveni de modérer cette législation? Ou au contraire d’une sorte de compromis non-avoué qui permet au gouvernement d’apparaître comme plus démocratique – alors que pendant ce temps les manifestations s’organisent de toute façon et ne sont absolument pas contenue par des interventions policières – et d’enlever son empreinte d’une proposition de loi profondément désapprouvée par la communauté internationale? C’est l’interrogation particulièrement intéressante que se pose le site Box Turtle Bulletin.

Illustration La p’tite Blan

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