À l’heure où l’on nous explique qu’il n’est pas nécessaire de combattre l’homophobie dès l’école primaire, la yaggeuse Firefox nous ramène à la réalité.

Résiste, prouve que tu existes, par Firefox
La semaine dernière, j’ai enfreint la règle la plus fondamentale de ma dure condition d’étudiante: j’ai été me balader mercredi après-midi. Or, comme chacun sait, nos magnifiques têtes blondes emplissent les espaces publics en tout genre au milieu de leur semaine de cinq jours. Et les enfants, c’est comme les auvergnats: quand y en a un, ça va, c’est quand y en a plusieurs qu’il y a des problèmes.

Je regrettais donc amèrement l’idée folle de cette promenade dictée par une frénésie d’achats censés compenser ma rancoeur chronique. Bientôt, la rue fut quasiment envahie par des marmots braillant, beuglant, et s’insultant. Je me retrouvai brusquement au collège, période ingrate s’il en est. Il y a quelque chose d’idiot chez les collégiens, dans cette sur-affirmation de la personnalité, dans ce pastiche de comportements d’adultes qu’ils ne comprennent pas.
Deux mots revenaient plus fréquemment dans le flot de paroles grossières que déversait la future élite de la nation. L’un se faisait traiter de connard, pour une sombre histoire de compote de fruits, l’autre de tarlouze, parce qu’il était un peu plus empâté que ses camarades. Ce devait être habituel: il n’avait plus de prénom. Il s’appelait Tarlouze, et souriait. C’était le seul gosse qui souriait d’ailleurs, d’un sourire un peu étrange, celui d’une satisfaction venue un peu tard. Trop mal à l’aise pour réfléchir, ou m’éloigner, je contemplais la scène en soufflant, comme pour évacuer une colère.

Pas très loin se tenait un garçon un peu plus grand, seul. Le plus grand appelle le petit, par son prénom. Le petit l’ignore. Le grand réitère. Le petit se retourne cette fois, et lui demande de le laisser tranquille. Il a de nouveaux amis, des p’tits gars qui l’appellent tarlouze. Drôle de façon de se sentir aimé.

Ma foi, je ne sais toujours pas quoi en penser. Exister au prix de l’insulte, appartenir à un groupe, nier son identité. Il n’est plus que l’insulte qu’on lui assigne, mais il est déjà cela. Certains seraient prêts à sacrifier n’importe quoi pour avoir une once d’existence dans la dure société écolière. Le gosse avait 10 ans à tout casser, j’avais envie de le prendre par les bras, de le secouer un peu, et de lui chanter un tube de France Gall. Résiste, prouve que tu existes.

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