« Tu crois que je suis pédé? ». C’est par cette simple question qu’a commencé une agression homophobe mercredi dernier dans le Marais. Thierry et Corentin se promenaient dans le quartier parisien, peu avant 23h, lorsque trois jeunes gens leur posent cette question venue de nulle part. Thierry et Corentin ne se tenaient pas la main, ils ne s’embrassaient pas, ils marchaient, rien de plus.

« Je n’en sais rien », répond Thierry, sans s’imaginer que cette réponse puisse être perçue comme une provocation. C’est pourtant à partir de ce moment-là que les coups tombent: coups de tête, coups de poings, coups de pieds et menaces de sortir des couteaux. Une agression rapportée par un communiqué de presse du Centre LGBT Paris IdF.

Les agressions homophobes dans le Marais sont toujours d’actualité. Ce serait la troisième ce mois-ci dans le quartier, selon le patron du 3e Chinon, établissement voisin dans lequel Thierry et Corentin se sont réfugiés après les coups. Trois agressions qui ne sont pas sans rappeler les violences physiques homophobes que trois gays ont vécus en avril 2009 lorsqu’ils s’étaient retrouvés encerclés par 15 agresseurs de 17 à 21 ans devant la mairie du 3e arrondissement et avaient subi insultes, coups de poings et coups de pieds (revoir notre interview de l’une des victimes).

Thierry et Corentin ont décidé de porter plainte, « par solidarité envers d’autres gays et lesbiennes qui pourraient être à leur tour agressés ». Ils sont également entrés en contact avec le Centre LGBT Paris IdF où Thierry a souhaité témoigner samedi, et prévoient de contacter SOS homophobie afin que cette agression soit consignée et comptabilisée. « Leur démarche mérite d’être saluée et reconnue à sa juste valeur », souligne Christine Le Doaré, présidente du Centre LGBT Paris IdF.

« LA LUTTE CONTRE L’HOMOPHOBIE PASSE AVANT TOUT PAR L’ÉDUCATION DÈS LE PLUS JEUNE ÂGE »
Une agression que le Centre souhaite replacer dans le débat actuel sur la diffusion à des élèves de CM1/CM2 du dessin animé Le Baiser de la Lune rappelant la nécessité d’apprendre aux enfants, dès le plus jeune âge, le respect des différences et de prévenir ainsi les agressions homophobes.

« Les autorités locales doivent apporter une réponse efficace à ce type de délinquance homophobe. Elles pourront prendre des mesures répressives et préventives, mais la lutte contre l’homophobie, la lesbophobie et la transphobie passe avant tout par l’éducation et ce dès le plus jeune âge. Le ministre de l’Éducation, lorsqu’il refuse la diffusion du court métrage Le Baiser de la Lune dans les écoles primaires [lire notre article], se rend indirectement complice de ces agressions homophobes commises par de très jeunes hommes », s’insurge le Centre LGBT Paris IdF.

Et de conclure: « Pourquoi interdire aux élèves du primaire cet attendrissant outil éducatif qui incite au respect des différences en montrant deux petits poissons, un poisson-chat et un poisson-lune, qui s’aiment tendrement? L’homophobie n’est-elle pas pénalisée par les lois françaises? Comment l’éradiquer si ce n’est en éduquant dès le plus jeune âge? Luc Chatel, Christine Boutin et tous les réactionnaires qui alimentent cette polémique d’un autre âge font le lit d’une homophobie primaire, encouragée par un système éducatif qui fuit ses responsabilités. Ce n’est pas tout de prétendre lutter contre les LGBT phobies encore faut-il s’en donner véritablement les moyens ».

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