La carrière de Felix Gonzalez-Torres (Cuba, 1957 – Miami, 1996) s’étend sur à peine dix ans, interrompue par sa mort des suites du sida à l’âge de 39 ans. Elle avait été marquée par la disparition du compagnon de l’artiste, Ross, des suites de la même maladie, en 1991.

Jusqu’au 25 avril, le centre d’art bruxellois Wiels consacre à Felix Gonzalez-Torres une rétrospective intitulée Specific Objects without Specific Form. Elle est l’occasion de se pencher sur une œuvre intelligente, extrêmement sensible et politiquement radicale.

Le Wiels est un centre d’art situé dans le très beau bâtiment d’une ancienne brasserie qui est baigné d’une très belle lumière blanche et bleue quand il fait soleil dehors. Une lumière parfaite pour l’œuvre de Gonzalez-Torres, dont on pourrait dire qu’elle relève d’une esthétique de basse intensité. Rien n’y est spectaculaire ou monumental. Tout est toujours affaire de suggestion, d’allusion, d’évocation discrète, ainsi les légers rideaux bleus de Untitled (Lover Boys), 1989. Cette esthétique impose au visiteur de ralentir son rythme de vie, d’aiguiser ses capacités perceptives, dans une sorte de yoga comportemental.

Untitled (Lover Boys), 1991.

Untitled (Lover Boys), 1991.


REMPLACER LES CHOSES CASSÉES

La plupart des œuvres de Felix Gonzalez-Torres sont multiples, éditées en série illimitée, susceptibles d’être réparées et ré-alimentées avec des produits et matériaux courants et périssables, mais aussi disséminées avant d’être ré-installées, dans une série sans fin. Il hérite en cela de l’art conceptuel, attaché à questionner nos habitudes relatives à l’art. Ce choix de l’éphémère est aussi une façon de créer un art qui soit comme la vie: changeant, précaire et fini. C’est un art passager et voué à la disparition, mais aussi toujours susceptible d’être rétabli et renouvelé. Un art où rien n’est irremplaçable, dans lequel l’œuvre a perdu son unicité, est aussi un art qui dispense une leçon simple: il faut remplacer les choses cassées pour continuer à vivre.