Les réactions aux propos de Luc Chatel, hier, au micro de RMC, qui s’opposait à la diffusion du film Le Baiser de la Lune en primaire (lire notre article) ne se sont pas fait attendre. Quelques heures après l’intervention du ministre de l’Éducation nationale, les associations et les politiques rappellent l’importance d’agir tôt pour lutter contre les discriminations.

« LES ENFANTS N’ATTENDENT PAS LE COLLÈGE POUR LANCER DES INSULTES HOMOPHOBES »
Le discours de Luc Chatel « s’aligne sur celui tenu par des mouvements de droite ultra-conservateurs », s’insurgent SOS homophobie et l’Inter-LGBT, dans un communiqué de presse commun, pour qui « l’homosexualité ne doit pas être un tabou à l’école ».

L’association regrette que le ministre de l’Éducation nationale considère que la lutte contre l’homophobie n’ait pas sa place en primaire: « Peut-être M. Chatel n’a-t-il pas eu l’occasion de se renseigner davantage sur le contenu précis de ce projet, qui n’a pas vocation à traiter des relations sexuelles, mais du sentiment amoureux. Il ne s’agit pas non plus de faire du prosélytisme, mais simplement de montrer la diversité des relations amoureuses. Il ne saurait y avoir de hiérarchie entre les différentes façons d’aimer. Pourquoi les enfants de CM1 et CM2 n’auraient-ils accès qu’à une seule vision du couple, une seule voie possible d’épanouissement, qui serait le modèle hétérosexuel? »

« Le film de Sébastien Watel, en abordant l’homosexualité de façon poétique et en ne la réduisant pas à sa dimension sexuelle, aiderait à une meilleure acceptation de l’homosexualité. La prévention est une clé de voûte essentielle pour la lutte contre l’homophobie, poursuit l’association. Et c’est en agissant tôt que l’on peut éviter que se perpétue le climat homophobe. (…) Les enfants n’attendent pas le collège pour lancer des insultes homophobes ».

RAPPEL DES RESPONSABILITÉS DE L’ÉTAT
Le Collectif éducation contre les LGBTphobies en milieu scolaire, dans lequel figure, entre autres, la FCPE, l’une des deux plus grandes associations de parents d’élèves, a hier, à son tour, appelé fermement le ministre de l’Éducation nationale à revenir sur ses déclarations: « Il aura fallu des années pour que le ministère se lance timidement et sans moyens dans une campagne d’affichage au lycée, oubliant volontairement les collégiens (…). C’est très tôt, avant que les stéréotypes et les comportements discriminatoires soient intériorisés, qu’il faut agir. Dès la maternelle, il est possible de parler de la diversité des familles, de travailler sur les stéréotypes filles-garçons, il est possible de parler d’amour ».

« En 2004 le ministère chiffrait à 100000 le nombre d’élèves dont un des parents vivait avec une personne de même sexe. Les questions d’homophobie et d’homosexualité, les questions d’identité de genre, entrent dans l’école. Les enseignants doivent être en capacité d’y répondre: injures dans les cours de récréation, éducation à la citoyenneté et respect de l’autre, éducation à la sexualité, les champs où il est possible d’intervenir sont nombreux, évidemment de manière adaptée à l’âge des enfants, insiste le collectif. « L’engagement du ministère ne peut plus aujourd’hui en rester à de simples déclarations d’intention. »

LES POLITIQUES S’EMPARENT DE CETTE « QUESTION DE SOCIÉTÉ IMPORTANTE »
De son côté, Anne Hidalgo, première adjointe PS au maire de Paris et tête de liste PS aux prochaines élections régionales, demande aux ministres « engagées dans l’élection régionale en Île-de-France, d’exprimer leur position sur une question de société qui tient à cœur aux Parisiens et aux Franciliens »: « Alors que la loi condamne les comportements à caractère homophobe, je m’étonne que soit décidée unilatéralement l’interdiction d’un outil éducatif contribuant au respect entre toutes et tous, au vivre ensemble avec nos différences dans notre société. (…) l’éducation joue un rôle déterminant dans la lutte contre les discriminations: la sanction ne suffit pas et l’exemple navrant du député Christian Vanneste – dont l’appartenance à l’UMP n’a jamais été remise en cause – est là pour le démontrer ».

La mairie de Rennes et la région Bretagne continuent pour leur part à soutenir coûte que coûte le projet. Ce matin, Marie-Anne Chapdelaine, adjointe au maire PS de Rennes, chargée de l’égalité des droits, exprimait son « incompréhension » au micro d’Europe 1: « C’était vraiment l’interrogation d’un petit poisson-lune… on était vraiment sous une forme gentillette, donc je ne comprends pas cette polémique, je suis très étonnée que ça fasse débat de manière aussi virulente. Si on n’en parle pas tôt, les préjugés ont le temps de se construire, on parle bien de racisme aux enfants… Je pense que quelque part, les conservatismes ont gagnés ». Écoutez ici l’intégralité de ses déclarations:


« Les conservatismes ont gagné »
envoyé par Europe1fr. – Regardez les dernières vidéos d’actu.

Le Centre LGBT de la ville Rennes propose également une pétition que vous pouvez signer ici.

Illustration La p’tite Blan

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