Aujourd’hui, comment vivez-vous en tant que femme dans une obédience exclusivement masculine? Le débat sur la mixité est très partagé, à part égale. La moitié des frères est pour et l’autre contre, à quelques voix près, qui font que la mixité n’a pour l’instant pas été votée. Ce n’est effectivement pas évident à vivre d’être la seule femme, mais j’ai donc la moitié des membres qui sont favorables à ma présence. Quant à l’autre moitié, ils sont tout à fait respectueux de mon histoire. Ils ne sont pas favorables à l’ouverture de cette obédience aux femmes, mais ce ne sont pas non plus des monstres. Ils distinguent le cas particulier de mon histoire et l’ouverture plus générale. Les chemins se font doucement…

Votre histoire représente-t-elle un premier pas vers la mixité au sein du GODF? Le GODF est depuis toujours une obédience masculine. Mais on vote régulièrement sur cette question de la mixité depuis le début du XXe siècle, ce n’est pas vraiment une question nouvelle. En 1901, déjà, un vote dans une assemblée générale sur la mixité avait échoué d’une voix, donc cette histoire de la mixité est une vieille histoire. Il y a eu en fait semble-t-il dans l’histoire quelques initiations parallèles et « sauvages » de femmes, mais qui n’ont jamais été reconnues, d’où la particularité de mon histoire: la première fois qu’une femme est inscrite officiellement en tant que membre du GODF.

Dans les faits, le GODF est devenu mixte en me reconnaissant comme femme, à partir du moment où il a un membre féminin. Mais c’est une mixité entre guillemets. Il s’agit de la prise en compte d’un cas personnel, d’une attitude humaniste, tout simplement parce que cela aurait été humiliant pour moi de continué à être considérée comme un homme. Mais je ne pense pas que ça changera forcément quelque chose à la mixité au GODF, et je m’en désole. La mixité va encore devoir être gagnée. Ceux qui sont contre continueront à dire qu’ils n’ont pris en compte qu’un cas humain, le mien, voilà tout. Et pour eux, la mixité n’a rien à voir avec ça. Les choses se gagnent petit à petit…

Au sein de notre obédience, il y a un fonctionnement très démocratique. Ce sont les membres qui votent pour cette question. Pour l’instant, la décision d’ouvrir aux femmes n’a juste pas encore été votée favorablement, on est parfois un peu victimes de nos façons de faire. Mais je préfère tout de même cette façon de faire, plus démocratique, qu’une autre… que la décision d’un seul homme. Même si cela doit prendre un peu de temps.

Pourquoi avoir tenu à rester au GODF plutôt que de vous tourner vers une autre obédience, féminine ou mixte? Effectivement, on a souvent dit « elle n’a qu’à aller dans une obédience féminine ou mixte! ». Mais c’était pour moi hors de question. Je suis rentrée au GODF pour un certain nombre de raisons, parce que je partageais ses valeurs. Chaque obédience a quand même son identité, on est tous frères, mais la façon de travailler au GODF n’est pas la même que dans d’autres obédiences. Il y a la question du positionnement religieux par exemple. Pour moi, il n’était pas question d’être dans une obédience avec une identité religieuse. Le GODF est une obédience laïque, dans laquelle chacun a sa liberté de conscience et de culte. C’est aussi une obédience dans laquelle on n’a pas peur de parler des problèmes de société, tels que la question de la burqa, les 35 heures, le débat sur l’identité nationale… Ce qui n’est pas forcément le cas dans d’autres obédiences. Je ne veux tout simplement pas quitter cette obédience qui me ressemble. Voilà pourquoi j’ai voulu rester. À chaque fois qu’on m’a dit de partir, j’ai dit non. Et c’est ma détermination et celle de ma loge qui m’ont permis d’être acceptée.

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