Comment cela a-t-il était perçu dans la franc-maçonnerie ? Je suis entrée en 1992 dans la franc-maçonnerie, directement au Grand Orient de France, initiée dans ma loge « l’université maçonnique » de façon tout à fait habituelle et traditionnelle (la franc-maçonnerie est organisée en obédiences elles-mêmes constituées de loges, ndlr). Lorsque j’ai fait ma transition, il y a eu tout de suite une acceptation complète de la part de mes frères qui ont tout de suite dit « on te défendra quoi qu’il arrive, c’est ton histoire et on la prend comme ça ». J’ai commencé à être Olivia et pendant un certain temps, j’ai été au Grand Orient de France dans mon apparence féminine mais sous mon nom masculin. Ça a posé problème au GODF dans son aspect strictement administratif. Un problème qui s’est superposé au grand débat en cours sur la mixité. Il s’agit vraiment de deux choses différentes. Dans un cas, se pose la question de l’orientation de la structure. Doit-elle devenir mixte? Et dans l’autre cas, on prend en compte un problème humain, celui d’une personne qui vit son histoire personnelle, une histoire généralement très difficile à vivre. Ce sont deux choses différentes qu’il ne faut pas confondre.

Le GODF prend maintenant cette décision courageuse de me reconnaître en tant que femme, et d’aller à l’encontre de la structure masculine, parce qu’il s’agit d’un problème humain. S’ils ne l’avaient pas accepté, ça aurait été finalement en contradiction avec les valeurs humaines qui sont celles du GODF. À coté de cela, ils ont récemment voté « non » à l’initiation des femmes.

Êtes-vous définitivement aujourd’hui reconnue comme sœur auprès des membres du GODF? Oui, le président du GODF a officiellement annoncé que j’étais maintenant une sœur, reconnue comme telle au sein du GODF, un membre de sexe féminin sous mon nom féminin. Du coup, l’article qui est paru dans L’Express jeudi dernier ne me convient pas du tout. Ils écrivent: « pour ses frères, qui n’acceptent pas la mixité, il reste un homme ». Ce n’est pas vrai, ils viennent au contraire de m’intégrer comme femme, avec mon sexe et avec mon nom de femme. Et c’est très courageux de leur part. J’ai effectivement été initiée comme homme, mais aujourd’hui ma vie est une vie de femme.

D’ailleurs, il y avait plusieurs choses inexactes dans cette dépêche parue dans L’Express. Déjà, on y parle d' »un transsexuel » au lieu d’une transsexuelle. Elle indique ensuite que je suis au GODF depuis 35 ans, ce qui est faux. Ils écrivent également « habituellement, les transsexuels sont fraternellement incités à rejoindre une obédience mixte ou féminine », ce qui est absurde, je ne connais aucun cas de trans’ qui ait dû se tourner vers une autre obédience.

Êtes-vous la seule trans’ dans la franc-maçonnerie? Il y avait eu paraît-il quelques précédents, très peu de cas… Moi je n’en connais qu’un. Au Grand Orient. Et dans le cas que je connais, en revanche, elle avait eu quelques soucis avec sa loge qui ne l’a pas soutenue. Parce que c’est ça qui compte en fait, si avec les frères de la loge ça se passe mal, la situation devient impossible. Ça n’était donc pas à cause du Grand Orient.

Dans les autres obédiences, je pense que mon cas ne s’est pas présenté. Je ne pense pas que dans les obédiences féminines un cas contraire d’un trans’ (FtM, ndlr) se soit produit. Je n’ai pas non plus entendu parler de cas similaire dans les autres obédiences mixtes.

Et puis les francs-maçons sont plutôt âgés, il faut bien le dire, ils n’ont donc pas forcement vécu leur sexualité comme la nouvelle génération peut la vivre, on ne leur ouvrait pas vraiment les portes de la transsexualité. Cela sera probablement plus facile à l’avenir.

Je suis aussi militante de cette cause. Je milite pour que les droits des trans’ soient reconnus, notamment au sein d’Homosexualités et Socialisme (HES). Les conditions qu’on nous demande de remplir pour le changement d’état civil sont inacceptables…