L’essai présenté à l’Agence nationale sur le sida (ANRS) et qui vise à recruter 1800 séronégatifs pour leur proposer un traitement intermittent de Truvada (pendant la période de rapports sexuels) ou un placebo, se distingue d’un des principaux essais en cours, iPrex, où le traitement est pris tous les jours. Selon Jean-Michel Molina, l’essai français se fera uniquement si les résultats de l’essai iPrex sont encourageants. Question: est-ce bien dans l’intérêt des personnes de proposer un placebo alors qu’on saura très vite si le traitement en continu marche?

D’autres problèmes se posent. Pour Act Up-Paris, qui avait dénoncé en leur temps les essais de Prep menés dans les pays du Sud, faire croire que des solutions techniques régleront les problèmes politiques posés par l’épidémie de sida est « un leurre » (Action n° 104, novembre 2006). En écrivant cela, l’association botte en touche. Car il ne s’agit pas, avec les essais de prophylaxie pré-exposition, de résoudre les aspects politiques de l’épidémie. Il s’agit de savoir si les traitements pré-exposition marchent et si, comme l’affirme cette étude australienne à laquelle je faisais référence au début, cela peut permettre de réduire l’impact de l’épidémie chez les gays. Point barre.

L’ACCESSIBILITÉ À LA PREP
La Prep pourrait-elle avoir des effets négatifs si elle est efficace? C’est possible. Le principal problème est que l’accessibilité à la Prep pourrait avoir comme conséquence de réduire encore plus l’usage du préservatif parmi les gays qui se protégeaient peu sans pour autant que l’utilisation du traitement compense cette augmentation des pratiques à risque. L’analyse australienne indique que l’effet des Prep pourrait être réduit à néant si les pratiques à risque augmentaient de 2% au sein de la population gay.

Quid encore de l’usage sauvage de Truvada par des séronégatifs et du risque de montée en puissance des virus résistants dans la communauté gay?

Une autre question qui ne manquera pas de se poser: la prise en charge financière d’un tel traitement, s’il s’avérait efficace. Une boite de 30 comprimés de Truvada coûte près de 550€. Qui devra payer? L’État au motif que la réduction de la prévalence chez les gays sera un axe prioritaire de sa politique de lutte contre le sida? Les gays séronégatifs, qui se verront ainsi responsabilisés? Et dans les pays pauvres?

Si tout se passe comme il le souhaite, Jean-Michel Molina espère pouvoir démarrer son essai fin 2010. Depuis plusieurs années, les essais de Prep sont présentés et analysés lors des congrès entre spécialistes, dans les publications spécialisées et dans la sphère des associations. Mais la discussion n’est pas encore arrivée jusqu’aux principaux intéressés. Il est temps que la communauté s’en empare. Il ne nous reste que quelques mois pour en débattre.

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