Le traitement comme outil de prévention de la transmission du VIH, ce n’est pas nouveau. Cela fait presque 20 ans qu’entre la mère séropositive et son enfant, nous sommes passés d’un taux de transmission de l’ordre de 25% à moins de 5% grâce à la prise d’un traitement pendant la grossesse et au moment de l’accouchement. Encore faudrait-il que ce traitement soit disponible partout dans le monde.

Au milieu des années 90, c’est au tour des professionnels de santé de bénéficier d’un traitement immédiatement après l’exposition au VIH dans le cadre de leur travail. Celui-ci permettait de réduire de plus de 80% (à l’époque) le risque de transmission. Il aura fallu ensuite convaincre la Direction générale de la santé et l’Institut de veille sanitaire pour que le dispositif soit rendu accessible au grand public. Encore insuffisamment connu, le Traitement postexposition (voir la vidéo « Je n’attends pas pour faire le TPE« , par 2Fik) a introduit cette notion que le traitement pouvait devenir une nouvelle arme quand des méthodes plus « classiques » ont échoué. D’autres voies, comme les microbicides, ont été explorées, sans beaucoup de succès pour l’instant.

UNE NOUVELLE ÉTAPE EST FRANCHIE
Avec les Prep, une nouvelle étape commence. Il ne s’agit plus de répondre à une urgence, mais bien de proposer un traitement sans qu’il y ait forcément exposition avérée ou possible au VIH. C’est un changement de logique et rien ne dit que tout le monde est prêt à l’entendre. Il y a pourtant nécessité aujourd’hui d’innover, en toute priorité auprès des gays, la population la plus touchée en France par le VIH. Les nouvelles infections y sont 200 fois plus élevées que chez les hommes hétérosexuels et dans l’enquête Prevagay, 18% des gays sont séropositifs (soit près de 1 sur 5). L’épidémie de VIH a pris dans la communauté gay des proportions dramatiques. Si l’on veut réduire ces taux d’infection, toutes les armes sont bonnes à prendre, à condition d’être utilisées dans le respect des gays eux-mêmes et après qu’ils aient pu donner leur avis.

Mercredi soir, lors de la Répi d’Act Up-Paris, Jean-Michel Molina, ainsi que le directeur de l’ANRS, Jean-François Delfraissy, ont pris soin de caresser les associations dans le sens du poil: rien ne se fera sans elles. Mais la composition du public ce soir-là montrait les limites  de l’exercice. Les habitués des Répi, le plus souvent des séropositifs de longue date, étaient absents, et dans la salle, on pouvait reconnaître les représentants d’associations (Aides, Actions Traitements, Sneg) ou d’organismes publics (DGS, InVS). Les principaux intéressés, à savoir les séronégatifs, s’ils étaient présents, ne se sont pas fait entendre. L’une des questions majeures que pose cet essai est celle-ci: une pilule pour prévenir la transmission, est-ce de cela dont les gays ont besoin? Et si on commençait par leur demander leur avis? Car que cette stratégie ait du sens pour la communauté scientifique et sur un plan épidémiologique reste déjà à démontrer. Mais sur un plan individuel, ne va-t-on pas vers de grandes difficultés de mise en œuvre si on n’en parle pas?