Dernier test-match de la tournée d’automne pour le XV de France, ce soir, au Stade Vélodrome contre qui? Les All Blacks. La meilleure équipe de l’histoire du monde du rugby, de la terre entière, de la planète de l’univers, mais à qui il arrive de perdre. Attention, chronique pas du tout objective. L’auteure de ces lignes est une amoureuse de rugby et ne ratera pas le match, ce soir. A même refusé un dîner et un concert. Mode d’emploi à l’usage de ceux qui voudraient sortir.

Colonne d’air. Respirez! Depuis quand vous sortez à 20h45, vous? Vous avez tout le temps et même une troisième mi-temps avant d’aller bouger votre corps et imaginer votre haka perso sur le dance floor. Le haka?

Haka. À 20h45, après les hymnes nationaux, le stade va gronder un peu différemment ce soir: les Néo-Zélandais vont se mettre en groupe ordonné devant leurs adversaires, les voix vont se faire caverneuses et les yeux vont galoper hors de leurs orbites. Chorégraphie belliqueuse, comme enragée, claques sur les bras ou sur les cuisses: impressionnant. Haka, en maori, veut dire danse. Le haka traditionnel des All Blacks est le Ka Mate. Il retrace, en un poème court, l’histoire d’un chef maori poursuivi par des ennemis et à qui un chef maori d’une autre région donne refuge. Le fugitif a peur de mourir puis, du fond de son trou où il été caché, voit le soleil, et remercie son sauveur.

Sur la pelouse, le haka est une danse scandée, les muscles bandés pour se donner du courage avant la bagarre. Grosse charge sportive et érotique. C’est dit.

httpv://www.youtube.com/watch?v=zmM7QeoCP1Y

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Le Haka vu d’en face. À la télé, vous les verrez de près. Cela fait partie du spectacle d’avant-match. Vu d’un stade, dans les tribunes, on entend le grondement, les mains qui claquent sur les membres. On voit le mouvement d’offensive, les yeux sont sertis des flashes qui scintillent pour saisir ce moment brut. L’équipe de France, depuis quelques années, a choisi de regarder ses adversaires dans les yeux. En 2007, lors du quart de finale de la Coupe du monde, elle s’était approchée, en ligne, au plus près, les corps serrés, bien compacts et toisent, en quelques sorte, pour ne pas être passifs.

httpv://www.youtube.com/watch?v=ikIS9Ztvbpg
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Si vous ne regardez pas le match ce soir, essayez de ne pas manquer ce préambule en direct. Ce n’est vraiment pas banal.

Blanc. Ce soir, les All Blacks seront… en blanc. L’équipe de France, en bleu, a gagné le tirage au sort et porte sa couleur traditionnelle. Cela peut paraître anodin mais le noir est une telle marque de fabrique pour les All Blacks  – mais oui, maintenant vous avez compris, tout en noir! – que le passage au blanc est un petit événement. Lors de la Coupe du monde 2007, à la veille du quart de finale contre la France, les All Blacks, qui avaient connu le même tirage, avaient fait des pieds et des mains (en rugby, on peut) pour porter leur couleur traditionnelle. Ils avaient fini en gris. Ce jour-là, les Bleus avaient battu les Blacks (vous suivez?)

Dan Carter. Il est de retour en France. Il était de l’équipe de Perpignan l’an dernier. Le meilleur ouvreur du monde a été blessé dès le début de saison mais il est resté auprès de l’équipe. Bel esprit. Finalement de retour en Nouvelle-Zélande, il a retrouvé sa place dans l’équipe nationale. Normal, il est vif, sait faire vivre toute une équipe autour d’un ballon, et son sourire est si chou.

Bleus. Belle tournée d’automne pour l’équipe de Marc Lièvremont, le sélectionneur. Des joueurs enthousiastes, partageurs de leur joie à jouer, de leur cœur et de leur sport, ça fait du bien. Toute comparaison avec l’équipe nationale d’un sport qui se joue au pied n’est pas fortuite.

Les Bleus donc, vainqueurs des Sud-Africains, champions du monde en titre, puis des Samoa. Les Bleus qui ont battu les All Blacks lors de la tournée estivale dans l’hémisphère sud… avant de se faire étriller par ces mêmes Blacks.

Dans le Quinze de France, une pagaille de mecs bourrés d’envies. Fabien Barcella, pilier gauche intraitable. Sébastien Chabal – vous ne pouvez pas le rater, il est barbu aux cheveux longs et une partie du public crie ouh, ouh, quand il a la balle. Chabal, c’est Caveman, en sport, on dit plutôt un impact player qui percute les adversaires. On aime, on n’aime pas. On aime surtout cette équipe pleine, complète, inventive et intransigeante, menée par son capitaine, Thierry Dusautoir.

Nouvelle-Zélande. Qui a dit Xena? (en fait, ça manque de fille dans cette chronique alors j’ai fait ce que j’ai pu). Qui a dit Holly Hunter? (voir ci-dessus). Loin de Karekare Beach, lieu de tournage des œuvres précédemment citées, les All Blacks se sont ébroués jeudi en Méditerranée (pour les voir batifoler, rendez-vous sur le site des All Blacks et choisissez la vidéo intitulée « Jerome Kaino – One Day in All Black Camp »). Beaux gosses. Bonne soirée.