L’exposition « Deadline », au musée d’Art moderne de la Ville de Paris jusqu’au 10 janvier 2010, propose de découvrir les « œuvres ultimes » de 12 artistes disparus au cours des dix dernières années. Pourquoi ces douze-là? Un texte en ouverture d’exposition nous apprend que leur œuvre témoignerait de la « conscience de la mort », de « l’urgence de l’œuvre à achever » et du « dépassement de soi ». Cela en ferait des « œuvres testamentaires », pour certaines « visionnaires », ou encore « comme un dernier mot ou un dernier geste qui expliquerait tout ». On ne saurait se contenter de telles banalités. Le même texte tente donc une contextualisation historique de l’exposition. Malheureusement, il est approximatif et confus. De vagues références sont alignées, aux deux guerres mondiales, au culte du progrès, à la place de la mort dans notre société et à l’épidémie du sida. Autant de sujets qui ont fait l’objet de réflexions et de travaux élaborés au cours du siècle et qui sont ici passés à la moulinette de la communication culturelle.

Les commissaires en sont restés à l’idée abstraite de la mort de l’artiste, un événement finalement individuel et anecdotique, qui ne donne matière à aucune réflexion et conduit droit au lieu commun. Il est regrettable que l’épidémie du sida soit évoquée sans que sa spécificité ne soit pensée. Cette maladie a touché des populations marginales et soudées par un fort lien communautaire. Amitié et fierté ont immédiatement été au cœur de l’épidémie, faisant de chaque mort non seulement un drame individuel mais aussi collectif. Tout cela est ignoré, ainsi que sa répercussion dans le travail de nombreux artistes, alors que les œuvres de trois artistes homosexuels morts du sida sont exposées.

RÉÉCRITURE DE L’HISTOIRE ET OUBLIS
Robert Mapplethorpe se photographiant comme au seuil de l’autre monde, brandissant sa canne au pommeau en forme de tête de mort (à droite sur la photo), est finalement une figure assez proche de James Lee Byars mettant en scène sa disparition à venir au milieu des feuilles d’or, dans un véritable « trip » vers l’Égypte ancienne (à gauche). Ce rapprochement entre deux grandes mises en scène de la disparition n’est pas fait. Mapplethorpe est l’objet d’une relecture « straight » en homme assagi à l’annonce de sa maladie, désirant aller vers plus d’épure et ne photographiant que des marbres. Oubliées la poursuite des travaux de commande, la série de close-up d’un modèle noir et la création de la fondation Mapplethorpe destinée à reverser les bénéfices des ventes des œuvres à la recherche contre le sida, véritable testament de l’artiste.