Beth Ditto et son groupe Gossip étaient à Paris ces jours-ci pour trois concerts au Bataclan. Septembre, fidèle yaggeuse, y était mardi soir. Elle raconte ce grand moment sur la communauté. Et c’est très beau (les intertitres sont de la rédaction).

Gossip, dans l’enfer du rock
Il y a deux signes qui ne trompent pas, chez moi, quand un concert est excellent: je frise, et j’ondule des hanches (voire je bats la mesure avec le pied droit).

Hier, accoudée au garde-fou devant le bar du Bataclan, j’ai perdu le contrôle de mes articulations et de mes cheveux. Beth Ditto était sur scène, encadrée par les Rickenbackers de Brace Pain et la basse pleine de rondeur du sosie de Basquiat, Chris Sutton. Derrière le trio, sur l’estrade, les biceps tatoués d’Hannah Billie martelaient puissamment les caisses de la batterie. Le concert s’amorce avec Dimestore Diamond, un de mes morceaux préférés, qui ouvre aussi bien le dernier album que le show, avec son rythme lourd, sa basse chaloupée, et une Beth Ditto qui entre sur scène en balançant d’un pied sur l’autre, diable aux cheveux rouge vif, courts, coiffés d’un bibi, longue robe chauve-souris noire où se reflètent les lumières des projecteurs. Il fait une chaleur à crever, l’atmosphère est moite et étouffante et je me dis que je ne vais pas résister plus de deux morceaux dans cette salle surchauffée.

« T’AS UNE PLACE? »
Une heure et demie plus tôt, encore propre, je faisais la queue devant la salle, après m’être extraite assez péniblement du métro. Il fallait zigzaguer entre les malheureux qui brandissaient des pancartes « Cherche place pour Gossip » et qui sollicitaient le moindre passant. Sur le trottoir l’un d’eux m’accoste: « t’as une place? ». Je lui dis que j’ai la mienne, et le bougre de me répondre: « ben justement, j’en cherche une! ». Ah non, pour rien au monde, mon gars, même si ce serait une bonne occasion de renflouer mon compte. Devant le Bataclan, la nostalgie me prend; je n’y suis plus venue depuis plus de dix ans, et on me distribue des flyers annonçant les concerts de Lydia Lunch et des Foo Fighters: nom d’une Stratocaster, ils sont encore vivants, eux? J’ai l’impression d’avoir 20 ans et d’être revenue à une bienheureuse époque d’insouciance. Mais les choses ont un peu changé, quand même: la salle a été rénovée, et n’est plus aussi miteuse qu’auparavant.